Toussaint J.-P.

La télévision

Je revois très bien le geste que j’ai accompli alors, un geste très simple, très souple, mille fois répété, mon bras qui s’allonge et qui appuie sur le bouton, l’image qui implose et disparaît de l’écran. C’était fini, je n’ai plus jamais regardé la télévision. C’est lors d’un été passé à Berlin que le narrateur et personnage principal de ce roman a pris cette terrible et irrévocable décision – pour les plus jeunes, il devait probablement disposer d’un modèle de télévision à tube cathodique dépourvu de télécommande ce qui explique la nécessité d’allonger le bras et le phénomène d’implosion observé lors de l’arrêt de l’appareil.

L'appareil-photo

Le roman raconte presque rien ou presque tout selon le point de vue, la perspective que l’on adopte. D’ailleurs, Jean-Philippe Toussaint annonce la couleur dès la première phrase du livre : C’est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d’ordinaire rien n’advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux évènements qui, pris séparément, ne présentaient guère d’intérêt, et qui, considérés ensemble, n’avaient malheureusement aucun rapport entre eux.

L’urgence et la patience

Jean-Philippe Toussaint est un grand écrivain; voilà c’est dit. C’est peut-être aussi un grand réalisateur de cinéma mais je ne peux pas me prononcer car je n’ai pas vu ses films. Pour moi, il incarne les Éditions de Minuit. Son écriture est épurée, souple et agréable. Si je devais la caractériser de façon imagée, j’hésiterais entre deux visions qui pourraient paraître antinomiques. La première serait celle d’une mousse légère, aérienne bien qu’onctueuse.