On comprend tout de suite pourquoi des textes de Philip Roth ont été choisis pour présenter le recueil des oeuvres de Saul Bellow dans la collection Quarto. Les premiers romans du cycle de Nathan Zuckerman – je pense par exemple à La leçon d’anatomie – ressemblent beaucoup à ce livre qui a été écrit deux décennies plus tôt. Cette ressemblance n’est pas fortuite, tous les deux sont des auteurs juifs américains de New York (ils font partie du même mouvement) mettant en scène des intellectuels issues du même milieu qu’eux, pour l’un Nathan Zuckerman, pour l’autre Moses Herzog.

Ce dernier est la archétype de l’intellectuel bordélique, perdu dans ses pensées, à la fois favorisé intellectuellement, mais réussissant moins bien socialement. Mis à part avec les femmes auprès desquelles il connaît un certain succès, même si ces relations vont rapidement devenir la source de ses problèmes. Il est de plus affligé d’une addiction bien particulière, celle d’écrire, mais pas n’importe quoi, des lettres qu’il adresse autant à des proches, qu’à des collègues ou à des personnages publics, un graphomane epistolaire en quelque sorte.

La constitution robuste de Herzog s’opposait obstinément à son hypocondrie.

Saul Bellow se sert de cette manie d’écrire comme un moyen d’accéder aux pensées foisonnantes et embrouillées de son antihéros. Les lettres s’intercalent ainsi dans la narration pour donner un style très original – je dois avouer que j’ai sauté quelques-uns de ces passages en italique. Ce n’est pas un livre facile d’accès, mais j’avoue avoir été charmé par ce personnage attachant qui subit de plein fouet les difficultés de la vie lui qui semble aussi bien préparé à les affronter qu’un enfant de 5 ans. Fidèle à certaines valeurs, il tente de surnager malgré ses inaptitudes pratiques et son esprit embrouillé, une démonstration d’honnêteté et de courage.


Saul Bellow. Herzog. Gallimard. traduit par Jean Rosenthal. 1964