Roman

Phénomènes naturels

Il y a toujours un peu de méfiance lorsqu’un ouvrage publié en 1992 n’est traduit que plus de 25 ans après. Cette méfiance est encore plus légitime lorsqu’il s’agit d’un des auteurs les plus bankable d’une maison d’édition, auteur de nombreux best sellers: Jonathan Franzen. Deuxième alerte, j’avais entendu des critiques pas très positives qui pointaient l’une des erreurs les plus répandues chez les jeunes auteurs – Franzen était un jeune auteur à l’époque même si on peine à l’imaginer – le fait de mettre trop de choses dans ses romans, autrement dit d’en faire trop ou de vouloir trop en faire.

Moins que zéro

Si j’en crois la date inscrite au crayon sur la dernière page du livre, ma précédente lecture de ce roman date de 2005 – je ne pense d’ailleurs ne pas l’avoir apprécié à sa juste valeur à l’époque. C’était déjà quasiment une vingtaine d’années après sa sortie, Bret Easton Ellis n’avait alors que 21 ans. J’ai décidé de le relire pour plusieurs raisons. La première est liée à la couverture médiatique dont a bénéficié l’auteur à l’occasion de la parution de son dernier livre, White, cette année.

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Je vous demande alors de conserver à l’esprit cette phrase toute simple que je tiens de mon père et qu’il utilisait pour minorer les fautes de chacun: «Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.» Que Dieu, s’il vous voit, vous bénisse. Tous les livres de Jean-Paul Dubois ne se valent pas. Celui-ci n’est pas un mauvais livre, loin de là, mais j’ai été surpris d’apprendre qu’il figurait dans la liste du Gongourt 2019 et que les journalistes spécialisés le considéraient comme un candidat sérieux.

L’aménagement du territoire

Depuis La théorie de l’information je suis admiratif du travail d’Aurélien Bellanger. J’avais été séduit par sa façon de rendre la technique passionnante et à tout dire romanesque. Il faut dire qu’il est doué, méticuleux, précis – j’avais, à l’époque de son premier livre, pu constater dans un domaine que je connais bien qu’il ne commettait pas d’erreurs techniques –, bref il fait très bien son boulot et avec cette approche sort du lot des jeunes écrivains français.

La vie est faite de ces toutes petites choses

En tout cas oui, Sandra [Magnus l’astronaute membre d’équipage sur la dernière mission de la navette Atlantis], je souscris entièrement à cette appellation, tout cela est un roman, je l’écris noir sur blanc. C’est absolument un roman, parce que je n’y étais pas. Mais c’est un roman dont la contrainte a été que chaque détail soit véritable, dans l’idée que tant d’exactitude devait produire un effet. Je ne sais pas au juste lequel.

La Modification

Un matin un homme quitte Paris pour Rome. Il a pris une grande décision. Il va rejoindre sa maîtresse. Il compte lui annoncer qu’il quitte enfin sa femme pour s’installer définitivement avec elle. Durant ce voyage, cette journée entière passée dans le compartiment 3ème classe du Paris-Rome, il ne surviendra pas de grands événements, sauf dans la tête de Léon. 24 h vont s’écouler pendant lesquelles il ne fera que penser à l’événement qui est en train de se jouer.

Le Sillon

Lorsque j’ai appris que Le sillon de Valérie Manteau avait été couronné par le prix Renaudot, je suis retourné à la bibliothèque pour l’emprunter à nouveau. J’en avais entendu parler à La Dispute et j’avais lu une centaine de pages avant de devoir le rendre. Ce n’était pas par manque d’intérêt, mais parce que je lisais en même temps à ce moment-là L’Origine de la violence. Je n’avais donc tout simplement pas eu le temps de le terminer et l’attribution de ce prix m’a renforcé dans l’idée que j’étais peut-être passé à côté de quelque chose.

Gatsby

Gatsby le Magnifique ou Gatsby tout simplement pour cette version traduite par Julie Wolkenstein est un grand classique de la littérature. C’est le style qui m’a le plus frappé dans ce roman. Francis Scott Fitzgerald réalise une prouesse en proposant une écriture à la fois épurée et poétique, ce qui semble antinomique et pourtant. […] et nous traversâmes Astoria à 100 kilomètres / heure avant d’apercevoir, sous les pylônes arachnéens du métro aérien, le coupé bleu qui filait tranquillement devant nous.

Le Meurtre du Commandeur T1

La sortie d’un nouveau Murakami est devenue au fil du temps un événement mondial. L’auteur japonais a acquis une notoriété qui lui aurait certainement valu une reconnaissance par le comité Nobel littérature si celui-ci n’était pas tombé en disgrâce. A une bien moindre échelle, j’ai moi même été victime de cet engouement qui m’a conduit à me procurer à prix d’or (près de 50 €) les deux tomes, dès leur sortie en librairie – alors que je préfère habituellement attendre l’arrivée des livres sur le marché de l’occasion.

Écoute le chant du vent suivi de Flipper, 1973

Écoute le chant du vent et Flipper, 1973 sont les deux premiers romans d’Haruki Murakami. Il les a écrits sur la table de sa cuisine. Ils forment avec La Course au mouton sauvage La trilogie du Rat – le Rat est une personne d’où la majuscule. Le Rat tourna la tête vers le plafond et puis, lentement, il ferma les yeux. Ensuite, il éteignit toutes les lumières qui peuplaient son cerveau, et son esprit s’engouffra dans de nouvelles ténèbres.

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

Patrick Modiano creuse toujours le même sillon. Celui de son enfance et des souvenirs évanescents. Des noms, des lieux qui emergent à la surface de sa conscience et qui peu à peu prennent forme sans jamais se clarifier complètement. De cette période trouble de l’occupation et de l’après guerre. Il l’a fait sous les traits de multiples personnages, celui de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, comme d’autres avant lui, se prénomme Jean, Jean Daragane.

Les locataires de l’été

Je pense – mais j’ai la flemme de vérifier – que ce titre m’a été conseillé par Frédéric Beigbeder dans son livre Premier bilan après l’apocalypse. Je ne connaissais pas du tout Charles Simmons avant de lire ce livre et le titre Les Locataires de l’été ne m’aurait pas attiré. Seule la belle couverture du Phébus libretto, illustrée par un détail d’une oeuvre d’Edward Hopper, aurait pu allumer une étincelle dans mon regard.

La leçon d'anatomie

C’est fou comme les romans de Philip Roth peuvent être différents. Autant Némésis que j’ai lu récemment est clair et limpide, se lit facilement, coule tout seul tout en étant très travaillé et parfaitement réalisé, autant ceux du cycle Nathan Zuckerman sont sinueux, complexes et pour résumer torturés. Je conseillerais les premiers à tout lecteur – pour ne pas dire n’importe quel lecteur ce qui pourrait sembler péjoratif – et je réserverais les autres à un public d’avertis qui a déjà beaucoup lu et qui est à la recherche de quelque chose de moins conventionnel, de plus profond voire d’expérimental.

Némésis

Némésis est le dernier roman du cycle éponyme et le dernier roman de Philip Roth avant qu’il raccroche définitivement pour attendre le Nobel et son entrée dans la Pléiade – ça, c’est fait. Ce roman n’a rien à voir avec ceux du cycle Nathan Zuckerman qui est certainement le plus connu. Autant je trouve que les romans mettant en scène Nathan Zuckerman sont denses et complexes – tout simplement difficiles à lire pour dire les choses – autant je trouve que ce livre et d’autres comme Le Complot contre l’Amérique sont l’exact opposé, simples et accessibles.

Rue des boutiques obscures

La simple évocation du nom de Modiano convoque toute une idée de la littérature des quarante dernières années. Rue des Boutiques Obscures est certainement l’un de ses romans les plus connus, peut-être parce qu’il fut couronné par le prix Goncourt en 1978. Si je devais qualifier ce roman sur le fond en quelques mots, je dirais: quête identitaire, mémoire, disparition et mystère. Non, il ne m’avait pas reconnu. Personne ne me reconnaissait.

Le grand jeu

Céline Minard est coutumière des livres originaux. J’avais pour la première fois entendu parler d’elle lorsqu’elle avait publié Bastard Battle1, un roman médiéval écrit en ancien français qui puisait également son inspiration dans le monde des samouraïs. Avant cela, elle avait écrit Le Dernier Monde2 un roman de SF imaginant le destin du dernier survivant de l’espèce humaine. Mais c’est surtout avec Faillir être flingué3 qu’elle s’est fait connaître du grand public notamment par le biais d’une critique élogieuse.

Le jour ne se lève pas pour nous

Il fait nuit à la surface de l’Océan, mais demain le jour se lèvera sur lui. Pas sur nous. Là où nous sommes, dans la coque et hors de la coque, ce ne sont que ténèbres. J’ai commencé la lecture du roman Le jour ne se lève pas pour nous non pour ses qualités romanesques – pas qu’il n’en ait pas –, mais à titre documentaire. J’ai toujours été intrigué par la vie à bord d’un sous-marin.

Adieu, Alice

J’ai acheté ce livre édité par la Table Ronde dans sa très belle collection de poche «La petite vermillon» simplement sur l’impression laissée par sa couverture. J’ai commencé à le lire sans rien connaître de l’histoire ni de son auteur, John Hopkins – je ne lis jamais les quatrièmes de couverture. Lorsque je lis un livre j’aime particulièrement la découverte, les cent premières pages. Que nous apprend la couverture ?

Les amants du Spoutnik

Les livres de Murakami sont pour moi comme un lieu où l’on aime se retrouver, où l’on se sent à l’aise. Je l’ai déjà dit – certainement à plusieurs reprises –, mais je le répète encore, j’adore ses descriptions du quotidien, l’ambiance de ses livres. Ses personnages aiment les plaisirs simples comme savourer une bière bien fraîche en écoutant un bon disque, certains arrêtent de fumer et j’aime à croire que ces comportements ont eu une influence sur moi – pas besoin de vous faire un dessin.

Freedom

Pour moi Freedom est l’archétype du roman américain moderne. Ce n’est pas un hasard puisque Jonathan Franzen est un des plus grands représentant de cette littérature. Il dépeint dans ses livres de larges fresques représentant la société actuelle, celle qu’il connaît, il décrit le monde dans lequel il vit et c’est ce que les écrivains ont toujours fait de mieux. Si le roman du mariage, d’un autre grand écrivain américain Jeffrey Eugenides, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre est plus un campus novel qu’un wedding novel, Freedom est par contre un modèle du genre.