L'amour et les forêts

Je n’avais jamais lu Éric Reinhardt avant L’Imparfait. Ma curiosité m’a poussé à emprunter L’amour et les forêts à la bibliothèque. Vu l’usure du livre, je peux au moins dire qu’il est populaire, mais mes impressions sont plus mitigées. C’est avant tout un livre dérangeant – et qui se veut dérangeant – sur l’enfer que vit une femme oppressée – le mot n’est peut-être pas le bon, on pourrait dire torturée – par un mari que l’on peut qualifier, en commettant un énorme euphémisme, de pervers narcissique. ...

27 sept. 2026 · #1020 ·  Roman

Le train

Je suis tombé sur ce vieux Simenon, jauni et poussiéreux, dans la bibliothèque de la maison de campagne. La couverture est illustrée par une photo de Romy Schneider – ce qui m’a profondément agacé car je n’ai pu m’empêcher, tout au long de ma lecture, de me représenter Anna sous ses traits. J’ai lu une page par curiosité et j’ai été emporté par l’histoire. Les éléments se mettent en place rapidement et de façon claire, puis, tout s’enchaîne. ...

25 sept. 2026 · #1019 ·  Roman

La condition pavillonnaire

C’est LE roman de la classe moyenne des années 1960-1970. Un roman où l’on peine à trouver le romanesque tant il est froid et clinique – c’est évidemment voulu. J’ai pensé aux Choses de Georges Perec, notamment à cette même façon de décrire une existence depuis une position en surplomb. La narration à la deuxième personne du singulier renforce encore cette impression de distance. Cette aridité ne signifie pourtant pas que le roman soit dépourvu d’émotions, bien au contraire. Il plonge progressivement le lecteur dans une mélancolie proche de la dépression. Il en ressort quelque chose d’inéluctable, comme s’il n’était pas possible d’échapper à sa condition. ...

18 sept. 2026 · #1017 ·  Roman  ♥

Des inconnus à qui parler

C’est un campus novel, rien de particulier jusque-là, sauf que les cours prodigués au sein de cette institution s’adressent à des humoristes, des stand-uppers et autres improvisateurs dont le métier consiste à monter seul sur scène et à obtenir des rires de leur public toutes les trente secondes environ. Je ne sais pas si ce type de formation existe réellement, mais là n’est pas vraiment l’intérêt du livre. Lorsque Manny avait entendu parler pour la première fois, une dizaine d’années auparavant, de la création par Ashbee d’un master en stand-up, il avait pensé à une blague (et ç’aurait été de loin la meilleure d’Ashbee). Mais, après confirmation par différentes sources de la véracité de l’information, Manny avait fini par se dire que c’était là sans doute la véritable vocation d’Ashbee: enseigner aux autres ce qu’il avait passé sa vie à essayer de faire. ...

17 sept. 2026 · #1016 ·  Roman

Le continent de la douceur

J’ai été à la fois complètement perdu et hypnotisé par autant d’érudition. Je suis bien incapable de dire si toutes ces références sont pertinentes, mais elles donnent au livre une densité assez fascinante. Le problème, c’est que je ne comprends pas vraiment où Aurélien Bellanger veut en venir. J’ai fini par arrêter ma lecture, non pas parce que le sujet ne m’intéressait pas, mais parce que je ne parvenais plus à suivre le chemin emprunté par l’auteur. Par moments, Le Continent de la douceur ressemble davantage à une démonstration qu’à un roman. On a parfois l’impression que chaque référence, chaque idée vient nourrir une construction intellectuelle dont on ne perçoit plus très bien le but. ...

12 sept. 2026 · #1015 ·  Roman

Les Brebis égarées

J’aime beaucoup les romans américains sur la famille et je ne boude pas mon plaisir lorsqu’ils sont satiriques ou moqueurs, comme dans Les altruistes d’Andrew Riker. Mais lorsque j’ai lu les premières pages, quelle ne fut pas ma surprise – j’ai failli dire ma déception – de m’apercevoir que l’on avait allègrement dépassé la satire d’une famille dysfonctionnelle pour basculer dans le loufoque ou le grotesque – les soeurs ressemblent à celles de Bienvenue chez les Loud1. ...

8 sept. 2026 · #1013 ·  Roman

Les Éclats

C’est un concentré de Bret Easton Ellis. Tout ce qu’il a fait de mieux, sublimé par l’expérience et la maîtrise d’un grand écrivain. Les Éclats m’a semblé être la parfaite synthèse de son oeuvre. On y retrouve le campus novel des Lois de l’attraction1, le tueur en série d’American Psycho2, le milieu ultra-riche de Los Angeles de Moins que zéro – ça me rappelle la série Beverly Hills 902103 version trash –, avec du name dropping pratiquement à chaque page, et le côté paranoïaque et autofictionnel de Lunar Park. Le tout avec l’expérience d’un écrivain qui maîtrise parfaitement ses effets. Ellis semble ici avoir repris ses vieilles recettes pour en tirer le meilleur. ...

2 sept. 2026 · #1012 ·  Roman  ♥

Rochebrune

Le couple avec famille recomposée au bord de l’explosion qui va se retrouver dans une situation inconfortable pour les vacances – en tout cas, on l’imagine. Ça promet. Le début est à la fois drôle, on a tendance à voir l’exagération, mais on n’est pas si loin de la réalité. Il y a un côté grinçant bien marqué et Sophie Divry n’est pas loin de mépriser ses personnages – elle a nommé le mari Daubard. En même temps ils représentent – de façon caricaturale – un certain type de famille contemporaines, le couple, chacun avec un enfant d’une précédente union, qui compte sur les vacances pour agir comme une ardoise magique qui va effacer tous leurs problèmes. ...

24 août 2026 · #1010 ·  Roman

Il était une ville

En s’intéressant à Detroit, Thomas B. Reverdy tenait pourtant un sacré sujet. Motor City, une ville qui fut le berceau de l’industrie automobile américaine et qui, en quelques décennies, a connu un exode démographique spectaculaire, une faillite retentissante et laissé derrière elle des milliers d’hectares de friches urbaines, ce n’est quand même pas banal. Il y a même quelque chose de postapocalyptique – plutôt bien rendu dans le livre – dans cette ville abandonnée par une partie de ses habitants et hantée par ceux qui sont restés. ...

15 août 2026 · #1008 ·  Roman

Lointain

C’est la première fois que je lis un livre écrit par la fille du grand Patrick Modiano. Dans Lointain, Marie Modiano raconte les débuts en tant qu’artiste d’une toute jeune fille, d’abord comédienne au sein d’une troupe, puis musicienne soliste. Un spectateur de théâtre ne voit habituellement une pièce qu’une seule fois. Il imagine donc rarement l’envers du décor, la vie de la troupe qui doit recommencer soir après soir la même représentation, les déplacements, l’attente, la précarité. Il en va de même pour la musique, on ne se rend pas forcément compte des conditions dans lesquelles vivent la cohorte des musiciens qui ne sont pas sur le devant de la scène médiatique. Ces passages écrits à la première personne sentent forcément le vécu. ...

9 août 2026 · #1007 ·  Roman

Et toujours en été

J’ai acheté ce livre pour un euro à la braderie annuelle de la médiathèque, signe qu’il n’avait manifestement pas trouvé son public. C’était sans compter sur moi. Il s’agit d’un de ces romans consacrés à un lieu, une maison de vacances, la maison familiale. Certains critiques semblent s’être lassés de cette veine topophile, après les livres de Christophe Boltanski, Laurent Mauvignier ou d’autres encore. Pourtant, cette manière de faire d’un espace le véritable personnage d’un livre ne date pas d’hier. Je pense bien sûr au Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre, mais aussi à Intérieur de Thomas Clerc, qui poussait le principe jusqu’au bout en y ajoutant l’aspect écriture sous contrainte. ...

6 août 2026 · #1006 ·  Roman  ♥

Voir venir

Le point de départ de ce roman est la maison d’éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis. Cette institution paraît anachronique à plus d’un titre. La ville qui abrite la nécropole des rois de France est devenue, dans l’imaginaire contemporain, le symbole de la banlieue populaire – le 93. Au milieu d’elle, subsiste cette école réservée aux filles et petites-filles de personnes décorées des plus hautes distinctions de la République. Créée à l’origine pour assurer l’éducation des orphelines de guerre, elle semble aujourd’hui être à contre-courant de la réalité sociale qui l’entoure, dans une commune où les dispositifs d’éducation prioritaire (ZEP ou REP) cherchent précisément à corriger les inégalités. ...

1 août 2026 · #1004 ·  Roman

Et quelquefois j'ai comme une grande idée

Et quelquefois j’ai comme une grande idée est un de ces romans qui semblent embrasser toute la condition humaine. On y trouve une trahison initiale, la famille, le travail, la culpabilité, l’orgueil, la fraternité, la rivalité, le poids de l’héritage, bref, tout ce qui fait l’essence de la tragédie. C’est sans doute l’un des plus grands romans que j’ai lus. On connaît surtout Ken Kesey pour l’adaptation au cinéma de son livre, Vol au-dessus d’un nid de coucou, mais ce roman révèle un écrivain d’une ambition et d’une maîtrise exceptionnelles. Il ne se laisse pas enfermer dans le carcan de la narration, refuse de rester dans ses rails – on est aux antipodes des constructions stéréotypées. Les points de vue se déplacent sans prévenir, le narrateur change de perspective, les voix s’entremêlent, le temps se contracte ou s’étire. Mais cette liberté n’a rien d’un exercice de style et ne gène pas la lecture. Kesey ne cherche pas à impressionner, il cherche à insuffler davantage de vie à ses personnages. Et il y parvient avec énormément de force. ...

25 juil. 2026 · #1000 ·  Roman  ♥

Dans la jungle

On comprend assez vite où l’on met les pieds. Dès les premières pages, quelque chose cloche. Une tension sourde s’installe, presque imperceptiblement d’abord, puis de façon de plus en plus inquiétante. C’est d’ailleurs la grande réussite de Dans la jungle. Le roman montre avec beaucoup de justesse comment l’emprise se construit, comment la violence conjugale s’installe par petites touches, comment ce qui paraît anodin finit par devenir insupportable – la parabole de la grenouille ébouillantée. Je dis ça mais c’est uniquement vrai à partir du deuxième chapitre car Adeline Dieudonné a choisi de commencer par la fin. J’aurais été curieux de découvrir l’histoire sans connaître d’avance son issue. ...

23 juin 2026 · #993 ·  Roman

Hors champ

Marie-Hélène Lafon possède le talent de faire naître beaucoup avec très peu. Sa langue est d’une grande simplicité apparente, mais chaque mot semble à sa place, choisi avec une justesse presque paysanne. On sent qu’elle connaît intimement le monde dont elle parle. Ce n’est pas le regard béat de la parisienne en quête d’authenticité qui observe la campagne, mais celui d’une femme qui en est issue et qui en mesure toute sa rudesse. ...

14 juin 2026 · #991 ·  Roman

Opération Shylock

Lire un livre de Philip Roth est toujours – au moins pour moi – une expérience particulière. Ce n’est pas toujours une lecture facile – Opération Shylock en est un bon exemple – mais c’est presque toujours une lecture stimulante et gratifiante. Le livre repose sur une idée aussi simple que vertigineuse, Philip Roth y rencontre un autre Philip Roth. À travers cette confrontation, Roth met en scène ses propres contradictions, ses doutes et peut-être même sa culpabilité – une matérialisation de sa schizophrénie en quelque sorte. Son double lui reproche notamment de ne pas mettre sa notoriété au service du peuple juif et, pire encore, de contribuer à son discrédit à travers ses romans. ...

13 juin 2026 · #990 ·  Roman

Hope

Hope démarre en trombe. La première partie est excellente avant que le livre ne retombe comme un soufflé. On retrouve ce grand classique du roman américain, la famille parfaite qui éclate en plein vol. Andrew Ridker a choisi une narration basée sur la multiplicité des points de vue. Les différents membres de la famille reviennent sur la même période mais avec de légers décalages temporels – un peu plus dans le passé ou un peu plus loin dans le futur. Le procédé est efficace car l’auteur est bon lorsqu’il s’agit de camper des personnages et de dérouler leurs histoires. La palme revient à la grand-mère qui – malgré le stéréotype – est de loin le personnage le mieux réussi du livre. ...

Acide

Certains sont morts avant même de mourir, moi j’étais revenue morte parmi les vivants. Pas de bol. Le livre est dur, violent, dérangeant. Mais n’est-ce pas aussi l’un des rôles de la littérature que d’appuyer là où ça fait mal ? Elle doit aussi être le témoin de son époque, de la solitude et de l’isolement, jusqu’à cette forme de voyeurisme ambiguë qui peut mener parfois la fascination pour la souffrance des autres. ...

Les Revenants

J’ai commencé ce livre avec envie, porté par le très bon En un monde parfait de Laura Kasischke et avec l’espoir d’y retrouver un peu du Maître des illusions de Donna Tartt. Il faut dire que le roman semblait cocher beaucoup de cases susceptibles de me plaire, un campus américain, une atmosphère étrange, un mystère diffus et cette sensation que quelque chose ne tourne pas rond derrière l’apparente banalité du quotidien universitaire. ...

Franz et François

Franz et François est un livre difficile à saisir, à l’image de son auteur. François Weyergans y brouille les pistes en proposant un récit à la frontière entre roman, autobiographie et jeu littéraire. Le titre annonce un dédoublement, mais c’est surtout du côté de François que tout se joue. L’auteur se met en scène, se regarde écrire, se raconte – ou plutôt construit une version de lui-même, insaisissable, mouvante, parfois contradictoire. Rien n’est jamais complètement stable dans ce texte, qui avance par fragments, par détours, par associations d’idées. ...

29 avr. 2026 · #981 ·  Roman