En 312 le monde a connu un évènement majeur, la conversion – et non pas son baptême qui aura lieu sur son lit de mort – au christianisme de l’empereur romain Constantin. À cette époque la religion largement majoritaire de l’empire était le paganisme (le polythéisme antique) alors que le christianisme était encore considéré comme une secte. Puis un jour, à la suite d’un rêve, Constantin se convertit et arbore le chrisme (un symbole chrétien) sur son casque et les boucliers de ses soldats. Est-il possible que cette décision résulte uniquement de cette vision ? Quelles sont les conséquences de ce choix sur l’empire et sur toute l’Europe ?
Dans ce petit livre, l’historien Paul Veyne donne son interprétation. Il explique d’abord les différences fondamentales entre les deux religions. Le paganisme consistait à passer des sortes de contrats avec les dieux et à les rétribuer en conséquence de leurs actes, alors que dans le christianisme la relation est inversée, les fidèles mettent leur destin entre les mains d’un seul dieu tout puissant. Il souligne la conséquence du choix de l’empereur sur le développement de la religion. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il a fait preuve de tolérance envers toutes les religions, mais a imposé le christianisme par des actes politiques consistant à mettre en place et à financer l’Église qui exercera son influence au fil des décennies. Enfin, il commente cette décision qui selon lui a forcément une visée politique, il est difficile de nier qu’embrasser cette religion était une façon pacifique de contrôler cette communauté grandissante et peut-être de profiter de sa dynamique.
Le style de Paul Veyne n’est pas conventionnel pour un livre d’histoire, ce livre est avant tout un essai dans lequel il livre ses opinions – même s’il s’appuie sur de nombreuses sources – en passant par des chemins parfois sinueux – je pense au parallèle avec la révolution russe de 1917.
Paul Veyne. Quand notre monde est devenu chrétien. Albin Michel. 2007.