C’est en lisant La faille de Blandine Rinkel que j’ai croisé pour la première fois le nom de cette étrange communauté, la Famille.

Ils parlent de deux mondes qui ne s’interpénètrent pas. Un monde du dehors, qu’ils appellent le Monde, ou la Gentilité, et leur monde à eux, qu’ils nomment la Famille.

Intriguée par ces cohortes de cousins aux patronymes récurrents qui apparaissent dans son quartier, à l’école de ses enfants, au détour de conversations avec ses voisins, Suzanne Privat, journaliste scientifique et surtout curieuse, a décidé d’enquêter. Armée de ses beaux carnets et de son compte Instagram, elle se lance dans l’aventure.

Malgré son métier, ce n’est pas une enquête journalistique au sens strict. Ce qu’elle livre ressemble plutôt à une chronique d’amatrice éclairée, où l’on suit à la fois ses trouvailles et son cheminement personnel. Elle se met en scène, raconte ses tâtonnements, ses intuitions, ses doutes. Ceux qui s’attendent à lire une enquête pourraient y voir un bavardage inutile. Cela ne m’a pas dérangé, mais il faut le savoir, on n’est pas dans du journalisme littéraire, mais plutôt dans une chronique curieuse, subjective et digressive. J’ai pris ça comme une touche divertissante, une bonne dose d’humilité et d’autodérision qui vient contrebalancer un sujet qui aurait pu être plus lourd.

Sur le fond, ce clan intrigue, une sorte de famille poussée à l’extrême, aux règles singulières, dont on peut envier la proximité mais légitimement craindre les dangers et l’emprise. Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir des curieux. Pour ceux qui ne voudraient pas entendre parler du choix de carnets et des papotages entre voisins, il existe un autre livre consacré à ce sujet Les inspirés.


Suzanne Privat. La Famille, itinéraires d’un secret. Les Avrils, 2021.