Dans la littérature il existe des livres mythiques pour différentes raisons. Le seigneur des porcheries entre dans cette catégorie. Le titre est déjà une punchline en forme d’oxymore, que l’on a du mal à oublier. Pour ajouter à cette attraction, son auteur, Tristan Egolf, fait partie des auteurs maudits, il n’est pas dans le club des 27, mais il n’a pas fait de vieux os.

Adrien Bosc, le directeur des éditions Julliard, a voulu raconter cette histoire, celle d’une livre et de son auteur. Pour ce faire, il s’est mis dans la peau d’un journaliste littéraire, mais dans la peau seulement car il s’est inventé un double de fiction dont l’enquête est racontée dans ce roman. Ce choix est étrange, on sent l’hommage au journalisme littéraire, mais il n’est pas allé jusqu’au bout, très curieux car la part de romanesque est quasiment inexistante – était-ce une façon de prendre plus de liberté ?

Dans cet univers baroque, foisonnant, poisseux sous le patronage de Céline, Bukowski ou encore Faulkner, j’ai eu la surprise de retrouver quelqu’un qui n’avait a priori rien à faire là, Patrick Modiano. Sa fille, Marie, a croisé le chemin de ce jeune auteur américain et ils sont tombés amoureux. Elle a raconté cette rencontre dans Lointain.

Ce qui m’avait marqué c’était que ce Modiano que j’avais découvert dans les émissions littéraires, merveilleusement bredouillant, j’ai compris ce jour-là que s’il ne terminait pas sa phrase, une heure plus tard, au détour d’un long silence, il y revenait car il avait trouvé le mot exact, ce qu’il avait voulu dire une heure plus tôt. Il avait gardé cela en tête sans être déconcentré et j’avais trouvé ça magnifique. Ce souci du mot juste.

Mis à part cette mise en scène de vrai / faux journaliste, je n’ai pas grand chose à reprocher à ce livre qui permet d’approcher une oeuvre et son auteur sans jamais tomber dans le voyeurisme.


Adrien Bosc. L’invention de Tristan. Stock, 2025.