Rien ne me préparait à ce que j’ai vu et vécu à Gaza.
Cette phrase revient comme une anaphore, marquant la sidération de Jean-Pierre Filiu, historien et l’un des meilleurs spécialistes du Moyen-Orient, face à ce qu’il a découvert sur le terrain. Fin 2024, début 2025, il s’est rendu pendant un mois dans la “zone humanitaire” autour de Khan Younès – je n’oublie pas d’utiliser, comme il le fait systématiquement, des guillemets. Il a eu le courage d’aller dans cette zone de guerre pour faire ce que tout historien devrait pouvoir faire, documenter les faits et témoigner.
Ce qu’il rapporte de ses observations directes est d’une précision glaçante et tout ce qu’il relate sans l’avoir vu de ses yeux est rigoureusement sourcé. Son livre n’est pas seulement un témoignage de terrain, c’est aussi une mise en perspective historique, puisqu’il rappelle le contexte chaotique dans lequel s’inscrivent ces événements à commencer par l’effroyable 7 octobre 2023.
Gaza ne s’est pas juste effondrée sur les femmes, les hommes et les enfants de Gaza. Gaza s’est effondrée sur les normes d’un droit international patiemment bâti pour conjurer la répétition des barbaries de la Seconde Guerre mondiale.
En le lisant, j’ai pris encore plus conscience de la réalité à Gaza qu’en suivant l’actualité quotidienne. Je ne saurais dire si les informations qu’il livre sont inédites, mais leur force tient à la manière dont elles sont présentées et mises en perspective. Ce récit m’a consterné, révolté, bouleversé.
On ne peut qu’espérer que ce document trouve un jour sa place dans une cour pénale internationale, afin que les auteurs et les commanditaires répondent de leurs actes. En attendant, il faut le lire – et le faire lire –, d’autant plus que l’intégralité des droits d’auteur est reversée à Médecins Sans Frontières (MSF).
Jean-Pierre Filiu. Un historien à Gaza. Les Arènes, 2025.