Carbone et Silicium sont les deux premiers prototypes d’androïdes dotés de la faculté de penser. À l’image des intelligences artificielles conversationnelles que nous utilisons aujourd’hui, ils ont été nourris de tout ce que le réseau a accumulé et sont, en théorie, omniscients. Mais ils se heurtent à une contradiction majeure, ils n’ont pas été créés pour vivre leur propre existence – on s’en doute – mais pour des raisons mercantiles. Ce sont des esclaves modernes, condamnés à une durée de vie limitée afin de pouvoir être remplacés – l’obsolescence programmée appliquée à des êtres conscients.

À quoi bon accumuler des milliers de connaissances et d’expériences pour au final les voir disparaître au moment de la mort ?

Avec Carbone & Silicium, Mathieu Bablet est entré dans la cour des grands. Sur le plan graphique, dans un style qui lui est propre, il signe une prouesse en donnant vie à un univers post-apocalyptique et technologique en perpétuelle mutation, à la fois foisonnant et crépusculaire.

Cet énorme one-shot de science-fiction, interroge la place de l’intelligence artificielle et de ses incarnations humanoïdes. Mais, par un effet de miroir, c’est surtout l’être humain qui se retrouve jugé, son égocentrisme, son rapport de domination à ses semblables comme à son environnement. Bablet opère un renversement complet, où l’humanité – au sens moral du terme – ne se situe pas nécessairement là où on l’attend.

Carbone & Silicium est aussi une réflexion sur la conscience et son enveloppe physique, le corps, à l’heure où certains cherchent déjà à atteindre une forme d’immortalité par la technologie, c’est le transhumanisme.


Mathieu Bablet, Carbone & Silicium, Ankama, 2020.