Force est de constater que la démocratie libérale est en net recul dans le monde. Dans ce livre qui inaugure la nouvelle collection Bibliothèque de géopolitique de Gallimard, Arnaud Miranda dresse un panorama des théories philosophico-politiques qui sous-tendent ce mouvement de fond. Il est désigné par le terme néoréaction et s’est construit à bas bruit sur l’internet underground des blogs politiques très marqués à droite. Les sources ne sont donc plus des ouvrages ou des discours, mais des articles de blogs et leurs commentaires écrits le plus souvent sous pseudonymes. Pour que ce mouvement décolle, il faut d’abord des penseurs, ceux qui se démarquent sont l’ingénieur Curtis Yarvin et le philosophe Nick Land, puis des financiers comme le patron de Palantir, Peter Thiel et le créateur de Netscape Marc Andreessen.
Pour résumer leur pensée de façon très simple, ils sont absolument opposés à la démocratie libérale et à son système de redistribution. Ils souhaitent confier le pouvoir à une élite, un sorte de PDG qui serait en capacité d’assurer, via le progrès technologique et son développement débridé (accélérationnisme), la prospérité de la communauté qu’il dirigerait – le périmètre n’étant pas forcément celui des états-nations actuels, mais des états-entreprises. Tout ce petit monde puise son inspiration dans des sources aussi hétéroclites que la philosophie, la technologie, l’histoire, la science-fiction et la culture populaire en général.
On dirait bien qu’avec Donald Trump et son second JD Vance – il semble clair que son discours prononcé lors de la conférence de Munich en 2025 soit directement inspiré de l’un des textes les plus connus de Yarvin – ils aient trouvé les marionnettes parfaites. Ils sont prêts à tout et par tous les moyens et l’ont parfaitement démontré en commençant à dynamiter l’édifice de la démocratie libérale aux États-Unis que les penseurs néoréactionnaires nomment la cathédrale.
Arnaud Miranda. Les Lumières sombres. Gallimard, 2026.