Gustave Flaubert est l’un des rares auteurs à être parvenu à faire exister l’un de ses personnages au point de le faire entrer dans le langage courant, Emma Bovary. Elle a même donné son nom à un concept, le bovarysme.
Sentiment d’insatisfaction qu’éprouve une personne à l’égard de sa condition sociale et de sa vie affective, et qui la conduit à chercher une évasion dans le romanesque, l’imaginaire (CNRTL).
Emma se trouve évidemment au centre du roman, mais il est intéressant de constater qu’aucun personnage n’est idéalisé. Tous possèdent leur part d’ombre, failles, lâchetés, illusions, bassesses, médiocrités. Comme dans la vie, personne n’est parfait – loin de là – et c’est précisément ce qui rend l’ensemble si humain.
Emma, en face de lui, le regardait ; elle ne partageait pas son humiliation, elle en éprouvait une autre : de s’être imaginé qu’un pareil homme pût valoir quelque chose, comme si vingt fois déjà elle n’avait pas suffisamment aperçu sa médiocrité.
Flaubert dissèque avec précision les mécanismes du désir, de la frustration et de l’ennui. Son style, souvent réputé exigeant, se révèle en réalité d’une grande fluidité. Les phrases sont travaillées, ciselées, mais jamais pesantes. La lecture est étonnamment accessible pour un classique de cette ampleur.
La littérature a profondément évolué depuis le XIXe siècle, mais le roman conserve intacte sa puissance. Lors de sa parution, il fit scandale et valut à son auteur un procès pour “outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes moeurs”.
Si la perspective de lire un classique peut intimider ou rebuter, celui-ci constitue une porte d’entrée idéale. On comprend ensuite pourquoi il figure dans tant de listes de livres à lire au moins une fois dans sa vie.
Gustave Flaubert. Madame Bovary. Le Livre de Poche, 2019.