Philip & moi est un livre curieux. L’intrigue se déroule à l’époque où Philip Roth vivait dans sa ferme du Connecticut avec son épouse Claire Bloom. Leur voisine était alors l’écrivaine et critique littéraire Francine du Plessix Gray, qui accueillit Esther comme fille au pair. Celle-ci joue le rôle de narratrice et se confond parfois avec l’autrice. Ce positionnement ambigu brouille volontairement les pistes – peut-être un hommage à l’auteur originaire de Newark, passé maître dans l’art de mêler autobiographie et fiction.
Le décor est planté, une inimitié profonde entre Philip et Francine sert de fil conducteur au récit. On ne peut pas parler de rivalité tant la stature de grand écrivain de Philip semble déjà être établie. Francine aurait eu du mal à supporter que Philip, pourtant réputé sauter sur tout ce qui bouge, ne s’intéresse pas à elle, rien à voir donc avec l’écriture.
Cette relation de voisinage a laissé des traces dans la littérature. Dans Leaving a Doll’s House, Claire Bloom, restée proche de Francine, règle ses comptes avec Philip Roth qui fait son miel de ces turpitudes.
La réalité n’est qu’un matériau pour agiter son imaginaire.
Colombe Schneck a manifestement beaucoup travaillé, lecture des livres des différents protagonistes, consultation des archives et de la correspondance. Tout ceci éclaire de façon intéressante le travail de Philip Roth et la frontière floue qu’il entretenait entre réalité et fiction.
C’est la forme qui m’a gêné, j’ai trouvé le livre décousu, la narration éclatée, je n’ai pas apprécié la lecture et je ne suis pas parvenu à bien saisir les intentions de l’autrice. En cherchant à se glisser elle-même dans cette histoire – le moi du titre – Colombe Schneck semble finalement déplacer le centre de gravité du livre, au risque de diluer ce qui en faisait l’intérêt premier, l’ombre du grand écrivain.
Colombe Schneck. Philip & moi. Stock, 2026.