J’ai découvert Gérald Bronner en lisant son livre autobiographique Exorcisme. À l’assaut du réel est plus conforme à sa production habituelle en tant que sociologue, il s’intéresse à notre rapport à la réalité et ce n’est pas son premier livre dans ce domaine.

La réalité, c’est ce qui continue d’exister lorsqu’on cesse d’y croire.
– Philip K. Dick

Je suis assez client de ce type d’ouvrage, qui regorge d’observations et d’expériences pour mieux comprendre à la fois le monde dans lequel nous vivons et nos propres mécanismes de pensée. Sur ce point, le livre tient toutes ses promesses. Bronner multiplie les angles d’approche: les biais cognitifs, la transformation de notre environnement informationnel, la perte de repères, le vertige de la liberté, le métavers, la post-vérité et j’en passe. Chaque idée, chaque exemple est stimulant et pousse à la réflexion – j’avais envie de tous les retenir pour pouvoir en parler.

C’est l’obsession ultime de notre espèce que de plier le réel à ses aspirations.

Mais c’est aussi là que le livre montre ses limites. À force de vouloir aborder trop de sujets, l’ensemble finit par se disperser. On passe d’un thème à l’autre avec intérêt, mais sans toujours percevoir le fil directeur. À plusieurs reprises, je me suis demandé quel était précisément le propos global, ce que l’auteur cherchait à démontrer au-delà de cette accumulation. Je comprends qu’il n’ait voulu rien omettre car chaque partie est intrinsèquement digne d’intérêt, mais il aurait pu faire des choix pour mieux servir son propos. Il manque du liant, une structure plus affirmée qui viendrait relier ces nombreux éléments entre eux, ils constituent finalement le centre du propos au lieu de l’illustrer.


Gérald Bronner. À l’assaut du réel. PUF, 2025.