Le postapocalyptique est un terrain de jeu largement balisé dans la littérature. Catastrophe climatique, pandémie, guerre nucléaire ou effondrement technologique, les variations ne manquent pas. Off choisit une hypothèse simple mais efficace, de gigantesques éruptions solaires rendent impossible la production d’électricité, faisant s’écrouler en quelques jours l’ossature technologique sur laquelle repose notre civilisation. Plus d’informatique, plus de réseaux, plus de logistique moderne – et donc plus d’argent. Les cartes sont brutalement rebattues.
L’une des idées les plus intéressantes de cette bande dessinée est de situer son récit en Belgique. Ce choix n’a rien d’anodin. Le pays conserve une monarchie constitutionnelle et cette double tradition prend une résonance particulière au moment où les institutions vacillent. À mesure que les repères disparaissent, la société semble naturellement glisser vers une organisation plus féodale, où le pouvoir s’incarne davantage dans les femmes et les hommes que dans les institutions.
Le récit suit le destin d’une même famille dispersée aux quatre coins de cette société en recomposition. Certains évoluent au plus près des cercles du pouvoir tandis que d’autres tentent simplement de survivre à la campagne, au rythme des saisons et des travaux agricoles.
Malgré son épaisseur, Off se dévore. L’histoire est suffisamment dense et les personnages suffisamment attachants pour donner envie de tourner les pages jusqu’au bout. Au-delà de son scénario catastrophe, cette fresque postapocalyptique interroge surtout la fragilité de notre organisation sociale et la rapidité avec laquelle des structures que l’on croyait immuables peuvent disparaître.
P.-S.: Un grand merci à Jérôme pour ce cadeau. Au risque de te décevoir, il faudra plus que quelques panneaux solaires pour parer à ce type d’éventualités, tu peux commencer à construire des remparts.
Olivier Tollet, Romain Renard & Patrice Réglat-Vizzavona, Off, Daniel Maghen, 2020.