Ce livre fait partie de la collection Ma nuit au musée1 qui propose à un auteur de passer – comme son nom l’indique – une nuit dans un musée et de retranscrire son expérience, et ce qu’elle a évoquée, dans un livre. Christophe Boltansky a choisi le musée du Congo qui se trouve en Belgique dans la périphérie de Bruxelles. Aucun pays n’est très à l’aise avec son passé colonial et la Belgique ne fait pas exception. Son musée a changé de nom à plusieurs reprises et se nomme désormais l’AfricaMuseum. Ces changements reflètent la volonté des autorités de transformer un musée colonial en quelque chose de plus acceptable. Et à en croire Boltansky, cette transformation relève plus du maquillage ou du camouflage, il n’y a qu’à gratter la surface pour en découvrir le passé d’oppresseur.
C’est l’occasion d’évoquer celui qui fut le propriétaire à titre privée du Congo, Léopold II avant qu’il ne soit cédé à la Belgique et finalement rendu à ses habitants après en avoir copieusement pillé les ressources.
La richesse de ses sols est inversement proportionnelle à la misère des ses habitants. On appelle ça le “paradoxe de l’abondance”. Cela n’a rien de paradoxal. Un pays pâtit d’autant plus de la prédation qu’il est mieux doté par la nature.
Il revient également sur l’un des belges les plus célèbres, Hergé et son nom moins fameux Tintin au Congo qui même avant l’avènement de la cancel culture était une représentation de ce que la colonisation a fait et a véhiculé de pire.
Le Congo ? À l’instar de Léopold, il [Hergé] n’y est jamais allé. En revanche, comme tous les belges, il a visité le palais de Tervuren [un des autres nom du musée]. […] Tintin n’explore pas un pays, mais son appartement témoin.
Christophe Boltansky fait remonter ce passé peu reluisant à la surface, la métaphore est appropriée puisque les pièces les plus controversée ont été reléguées au sous-sol du palais. Il le fait tellement bien, porté par une belle écriture et un sens de la mise en scène, que l’on frôle l’écoeurement à force d’évocations des brutalités du passé.
Quelque chose me retient. Est-ce la perspective de parcourir la forêt en pleine nuit ou d’être enfermé, seul, jusqu’à l’aube, dans un château hanté.
Ce livre a beaucoup résonné pour moi car j’avais lu le Congo de David Van Reybrouck qui fait référence sur le sujet. Ce King Kasaï bien plus modeste est cependant la preuve que réaliser un tel exercice sous contraintes produit toujours des résultats inattendus et intéressants.
Christophe Boltanski. King Kasaï. Stock, 2023.
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Ma nuit au musée propose à des écrivains de passer une nuit dans le musée de leur choix. De ces nuits naissent des textes surprenants […]. ↩︎