J’ai été à la fois complètement perdu et hypnotisé par autant d’érudition. Je suis bien incapable de dire si toutes ces références sont pertinentes, mais elles donnent au livre une densité assez fascinante. Le problème, c’est que je ne comprends pas vraiment où Aurélien Bellanger veut en venir.
J’ai fini par arrêter ma lecture, non pas parce que le sujet ne m’intéressait pas, mais parce que je ne parvenais plus à suivre le chemin emprunté par l’auteur. Par moments, Le Continent de la douceur ressemble davantage à une démonstration qu’à un roman. On a parfois l’impression que chaque référence, chaque idée vient nourrir une construction intellectuelle dont on ne perçoit plus très bien le but.
En 1902, le logicien [Gottlob] Frege avait reçu une lettre dans laquelle [Bertrand] Russell lui faisait part d’un paradoxe qui réduisait à néant les espoirs de toute une vie de travail: comment ramener les mathématiques à un jeu d’ensembles bien délimités s’il était impossible de savoir si un barbier qui rase tous ceux qui ne se rasent pas eux-mêmes devait se raser lui-même ?
Peut-être ne suis-je simplement pas le bon public. Je n’ai certainement pas suffisamment de références pour apprécier pleinement ce que Bellanger cherche à faire. Ou peut-être, tout simplement, accepte-t-il de perdre le lecteur non initié en chemin. Dans les deux cas, c’est un peu dommage, car j’apprécie particulièrement le genre dans lequel il évolue, que je qualifierais volontiers de roman technique.
C’est donc une lecture abandonnée, avec le sentiment assez paradoxal d’avoir été intéressé par le livre tout en étant incapable d’y trouver ma place.
Aurélien Bellanger. Le continent de la douceur. Gallimard, 2019.