Précédemment, j’ai lu et beaucoup apprécié Hors champ. C’est dans une superbe boîte à livres, située dans une région où l’élevage est l’activité principale, que j’ai trouvé Joseph. Je me suis dit que c’était plutôt à propos.
Joseph, prénom de grand-père revenu à la mode, est un garçon de ferme — on dirait un ouvrier agricole aujourd’hui. Sa vie s’articule entièrement autour du travail, il habite chez ceux qui l’emploient et qu’il appelle les patrons. Joseph n’a pas eu une vie facile, et c’est peut-être ce qui explique qu’il en soit arrivé là. Car qui accepterait aujourd’hui de vivre de cette façon ?
Je me dis qu’il faut avoir connu la vie à la campagne — autrement qu’en ayant suivi les saisons successives de L’Amour est dans le pré — pour apprécier pleinement cette écriture d’une grande simplicité, presque élémentaire, avec laquelle Marie-Hélène Lafon parvient à saisir des choses minuscules et pourtant très évocatrices.
Joseph avait embrassé sa mère en la prenant aux épaules, il avait senti sous ses mains le tissu mince et tiède de la veste bleue qu’elle gardait propre pour les grandes occasions.
Tout est là, pas besoin d’en rajouter pour faire surgir une vie, une époque et des sentiments. Je ne suis pas certain que le livre puisse résonner chez tout le monde. Il touche pourtant quelque chose de vrai, un monde qui a disparu ou qui est en train de disparaître, sans nostalgie facile ni grands effets. Joseph est un livre crépusculaire qui ressemble à Hors champ, mieux vaut donc avoir le moral avant de s’y plonger.
Marie-Hélène Lafon. Joseph. Buchet-Chastel, 2014.