Comme souvent dans les aventures de Lapinot, l’histoire est difficile à résumer. Elle se déroule cette fois dans un monde contemporain a priori tout à fait normal. Lapinot et Nadia cherchent à emménager ensemble, mais Richard, le trublion du groupe, les met en garde, la monotonie les guette. L’enfer, ce ne sont pas les autres, mais peut-être bien l’autre, lorsqu’il faut partager son quotidien presque exclusivement avec lui.
Il dit qu’en enfer, il n’y a pas d’odeurs, il n’y a pas de tortures, il n’y a rien parce que l’homme s’habitue à tous les excès mais pas à la monotonie. Alors, là-bas, la vraie souffrance c’est d’être tout seul pour toujours dans un gris uniforme.
Comme souvent chez Lewis Trondheim, le récit comporte plusieurs strates qui touchent aussi bien à la vie privée et aux relations humaines qu’à la vie quotidienne et, plus largement, au monde qui nous entoure. L’auteur passe de l’une à l’autre sans que l’on sache toujours où il veut nous emmener, mais c’est justement ce qui fait le sel de ses histoires. Il y a toujours des situations loufoques, des bifurcations inattendues et une bonne dose d’absurde. Rien n’est vraiment stéréotypé, rien ne semble écrit d’avance, on ne sait jamais ce qui va se passer à la page suivante. Et derrière cette apparente légèreté, il y a souvent matière à réfléchir, ici notamment sur le couple, l’habitude et cette étrange capacité que nous avons à nous enfermer dans notre quotidien.
Lewis Trondheim. Les Formidables aventures de Lapinot #7: La couleur de l’enfer. Dargaud, 2000.