Vous l’avez certainement déjà lu quelque part mais je dois bien m’y résoudre, le pitch est un passage obligé – vous excuserez donc ma concision qui aura l’avantage de ne pas trop en révéler sur l’histoire. Ce livre met en scène deux personnages. Un homme, Tengo, qui est un professeur de mathématiques qui écrit des romans. Une femme, Aomamé, qui est un professeur d’arts martiaux qui tue des gens – pas comme Bruce Lee, elle possède une technique bien particulière. Je vous épargne l’histoire de la prononciation du Q remplaçant le 9 dans le titre pour vous dire que le roman se déroule en 1984 et que le livre de Georges Orwel est connu et évoqué par les personnages. Cet homme et cette femme vont, dans des sphères a priori séparées, être confrontés à une mystérieuse organisation.

Les chapitres sont alternativement consacrés à chacun des personnages tout d’abord sans lien apparent entre eux. Puis l’auteur va, par petites touches, créer des ponts, tisser des liens entre ces deux espaces qui vont imperceptiblement se rapprocher au fil du récit. Les premiers chapitres m’ont préoccupé, je pensais être en train de lire un basique thriller d’anticipation. Mais peu à peu l’univers de Murakami a fait surface, tout doucement, sur la pointe des pieds pour pleinement se déployer au cours du livre. L’histoire a immédiatement gagné en profondeur et en originalité. De nombreux sujets de société sont abordés, le mystère s’épaissi et l’intérêt et l’attrait de ce roman ne cesse de croitre au fil des pages. Ne vous laissez pas refroidir par l’épaisseur de ce premier tome – le livre compte trois tomes pour un total d’environ 1500 pages. C’est un excellent Murakami extrêmement riche mais bien plus abordable et bien plus compréhensible que certains de ses précédents ouvrages, un véritable coup de coeur.

Le seul point noir n’est pas imputable à l’auteur mais à son éditeur français qui a cru bon – certainement pour le plaisir et le confort de ses lecteurs – de publier le livre en 3 volumes grand format et de sortir le dernier plus de 6 mois après la sortie des deux premiers. On ne peut pas lui reprocher de ne pas être fidèle à l’édition japonaise qui compte elle aussi trois tomes – il est vrai que le français comme le japonais nécessite un grand nombre de pages en comparaison d’autres langues comme l’anglais. Mais 69 € les 1 500 pages ça fait quand même un peu cher. De plus, si l’on se fie à d’autres succès parus en plusieurs tomes vous allez pouvoir attendre longtemps avant de pouvoir vous procurer l’édition en livre de poche – rappelez-vous de la série Millenium. Je suis peut-être mauvaise langue, on verra bien …


Haruki Murakami, 1Q84 - Livre 1, Avril-Juin, Belfond, 2011, 533 p, Amazon.