Alors que l’Iran est sous les bombes, il m’a semblé opportun de me plonger dans Le Shah de Ryszard Kapuściński. Ce livre traite de la période du père de Mohammad Reza Pahlavi, qui donna le nom d’Iran à la Perse, jusqu’à la révolution qui aboutit à la mise en place de la République islamique avec la prise de pouvoir de Rouhollah Moussavi Khomeini.
On apprend beaucoup de choses en lisant ce livre. En premier lieu que ce n’est pas la première fois que les États-Unis s’immiscent dans les affaires du pays, puisqu’ils avaient oeuvré via les services secrets à faire tomber, au profit du shah, le premier ministre démocrate libéral Mohammad Mossadegh dont la décision de nationaliser la principale compagnie pétrolière du pays n’avait manifestement pas plu (Opération Ajax).
Un personnage comme Mossadegh peut être destitué de ses fonctions, mais personne ne sera capable de le rayer de la mémoire des hommes. La mémoire est une propriété privée à laquelle aucun pouvoir n’a accès.
La vie sous le régime du shah n’avait pas l’air simple, il y avait de la captation des richesses provenant du pétrole par un cercle restreint – à commencer par le shah lui-même – pour servir des intérêts personnels ou pour financer des achats technologiques ou militaires inadaptés aux besoins du pays – cette partie du récit est assez cocasse –, laissant la population dans la pauvreté. Le régime était tenu par une police politique, la Savak, qui n’hésitait pas à emprisonner arbitrairement, à torturer ou à réprimer des manifestations dans le sang.
Un autre jour, le shah s’emballe pour un prototype de bombardier F-16. Il en commande aussitôt un lot important. Mais les américains sont dans la dèche, ils viennent de décider de renoncer à la production du bombardier, car son prix leur paraît trop élevé: 26 millions de dollars l’unité. Heureusement le shah sauve l’affaire en volant au secours de ses amis nécessiteux. Il leur envoie une commande de cent soixante avions en joignant un chèque de 3,8 milliards de dollars.
Ryszard Kapuściński était un journaliste et reporter polonais qui a couvert de nombreuses révolutions à travers le monde. Ce texte sur le shah est très moderne dans sa forme, l’histoire est racontée alors qu’il est coincé dans sa chambre d’hôtel, comme s’il commentait des photos et d’autres documents. Ce dynamisme dans l’écriture et les prises de position assez marquées du journaliste rendent son récit particulièrement agréable et intéressant à lire. J’ai dans ma bibliothèque un excellent recueil de ses oeuvres édité par Flammarion, je vais donc pouvoir continuer à découvrir son travail.
Ryszard Kapuściński. Le Shah. Flammarion, 2011.