Le roman est construit comme une mosaïque de trajectoires entremêlées autour d’un noyau de banlieusards qui ont rejoint la capitale, Londres, et sa vie débridée pendant que leurs parents occupent toujours leur pavillon. Entre amours contrariés, entrée dans l’âge adulte retardée, désintérêt pour un travail qui n’est qu’alimentaire, ils vivent au présent sans se soucier de l’avenir. Rien de spectaculaire – à part la baleine qui se retrouve loin de chez elle coincée dans la Tamise –, mais une accumulation de situations ordinaires qui finit par dessiner le portrait d’une époque et d’une ville. Cet aspect est bien rendu et on se retrouve immergé dans ce Londres underground. Le week-end, censé incarner la liberté, devient un espace d’errance, tandis que le lundi – repoussé et redouté – symbolise le retour à une réalité dans laquelle personne ne semble vivre.
Certainement à cause de la capitale anglaise, mais aussi pour le contraste des classes sociales, j’ai beaucoup pensé à deux livres, Ceux du Nord-Ouest de Zadie Smith et Assemblage de Natasha Brown. Le roman de Oisín McKenna se distingue de ces deux livres par une focalisation sur le milieu queer sans toutefois en faire un manifeste. C’est un prisme particulier qui souligne une façon de vivre en rupture avec celle de leurs parents.
D’abord enthousiaste de lire un roman très contemporain, j’ai ressenti peu à peu l’impression de tourner en rond. Certaines trajectoires peinent à évoluer et l’ensemble peut sembler s’étirer sans véritable progression. L’écriture, en revanche, est juste – sans être exceptionnelle – au plus près des dialogues et des pensées. Elle capte quelque chose, ces personnages sont comme des lapins pris dans les phares de la vie.
Oisín McKenna. Lundi, c’est loin. L’Olivier, 2024.