Éric Vuillard, dans La Bataille d’Occident, revient sur la Première Guerre mondiale avec ce style si particulier qui est devenu sa signature. Là où il excelle souvent dans les formes brèves, il embrasse ici un temps long – des prémices du conflit à sa conclusion – à grands coups d’ellipses éclairées par des saillies ironiques et une écriture très travaillée qui frappe d’abord par sa singularité.

Mais à force, le procédé s’épuise un peu. Ce qui intrigue au départ finit par lasser, comme si la stylisation prenait le pas sur le sujet. Heureusement, le livre est court, ce qui évite la saturation, mais ce n’est clairement pas celui que je retiendrai en priorité.

Mais toujours quand sonne le clairon, quand l’ordre est crié – “Allez ! on y va !” –, c’est la résurrection des corps. Des centaines de cadavres se relèvent et marchent.

Comme dans L’Ordre du jour, Vuillard revient à ce qui l’obsède, l’argent, les puissances économiques en arrière-plan, les logiques invisibles qui précèdent et accompagnent la catastrophe et broient les hommes. C’est sans doute là que le livre retrouve le plus de force, quand l’histoire bascule du côté des causes plutôt que des effets.


Eric Vuillard, La Bataille d’Occident, Actes Sud, 2012.