J’ai abordé À l’épreuve de la faim avec appréhension car j’avais adoré Le Dernier stade de la soif – dont il est abondamment question – et lu des commentaires plus que mitigés sur cette suite. Et ce qui devait arriver arriva, le syndrome du deuxième roman a encore frappé.
Là où le premier frappait par sa force et sa sincérité, celui-ci donne l’impression de vouloir rejouer la même partition sans toutefois y parvenir. Le livre suit une forme erratique, censée s’organiser autour d’une quête, celle de l’écrivain et critique américain d’Edmund Wilson – que je ne connaissais pas –, mais qui ressemble bien souvent à une succession d’élucubrations. Le récit avance par à-coups, sans véritable direction. On dirait qu’il a assemblé des morceaux de sa vie, mais ils n’ont jamais vraiment pris la forme d’un livre ou d’un journal. Il manque la trame narrative d’un livre et la sincérité d’un journal et dans les deux cas, de l’émotion et de la profondeur.
C’est d’autant plus frustrant que tout n’est pas à jeter. Il y a des fulgurances, des passages où le style de Frederick Exley réapparaît, drôle, narquois avec une forte propension à l’autodérision. Mais d’autres sont loin d’être drôles, la façon dont il parle des femmes est même assez limite. Ces quelques éclairs rappellent le talent de Frederick Exley, mais ne suffisent pas à sauver ce deuxième livre.
Frederick Exley. À l’Épreuve de la Faim. Traduit par Philippe Aronson. Monsieur Toussaint L’ouverture, 2011.