Certains sont morts avant même de mourir, moi j’étais revenue morte parmi les vivants. Pas de bol.
Le livre est dur, violent, dérangeant. Mais n’est-ce pas aussi l’un des rôles de la littérature que d’appuyer là où ça fait mal ? Elle doit aussi être le témoin de son époque, de la solitude et de l’isolement, jusqu’à cette forme de voyeurisme ambiguë qui peut mener parfois la fascination pour la souffrance des autres.
Il n’y a pas de place pour la prière au milieu des machines.
Il est vrai que le livre met profondément mal à l’aise, au point de paraître malsain – j’ai ressenti quelque chose d’assez proche du sentiment provoqué par le film Titane. Cette réaction vient peut-être du fait que le roman s’éloigne radicalement de la norme. Suivre des personnages traumatisés est une chose, entrer dans leur tête, partager leurs souffrances, leurs pulsions et leurs désirs en est une autre – on n’est pas vraiment préparé à ça. Le point qui pourrait également interroger, est qu’un auteur masculin fasse parler une femme à la première personne avec une telle intimité.
Car un mâle sans visage, ça reste toujours un homme, alors qu’une femme sans visage, ce n’est plus rien.
L’écriture est à la hauteur de l’ambition du livre et impressionne d’autant plus qu’il s’agit d’un premier roman. Si l’on accepte de sortir de sa zone de confort et de se laisser secouer, l’expérience mérite d’être tentée.
Victor Dumiot. Acide. Bouquins, 2023.