Éric Vuillard s’attaque à une figure centrale de la légende de l’Ouest américain mais dont il ne reste paradoxalement que peu de récits authentiques. Billy est moins un personnage qu’un symbole. Orphelin sans généalogie, il incarne ce moment du Nouveau Monde où tout semble encore possible, faute de structures établies. De ce vide naît autant une promesse qu’un danger.
Au milieu de l’éternité, dans la nuit noire du temps, parmi les branches innombrables de l’humanité, il y a la toute petite branche de Billy, son rameau solitaire.
Vuillard ne cherche pas à reconstituer une biographie – il n’y en a pas – mais à saisir ce point de bascule où une époque se fabrique ses figures et ses récits. Très vite, derrière le mythe du desperado – et comme souvent chez Vuillard – émerge une lecture politique. L’absence d’ordre ne dure qu’un temps. Les propriétaires terriens, les puissants, sont les premiers à mettre la main sur l’autorité en devenant des élus. Il devient alors aisé de fonder une police pour veiller sur leur fortune.
La plupart des malfrats devinrent alors officiers de police, c’est ainsi qu’au commencement de leur histoire se constituent les forces de l’ordre.
Il en ressort une forme de mélancolie, celle d’un destin dont il ne reste presque rien de réel, sinon une trace déformée par le temps.
Eric Vuillard. Les orphelins: Une histoire de Billy the Kid. Actes Sud, 2026.