On comprend assez vite où l’on met les pieds. Dès les premières pages, quelque chose cloche. Une tension sourde s’installe, presque imperceptiblement d’abord, puis de façon de plus en plus inquiétante. C’est d’ailleurs la grande réussite de Dans la jungle. Le roman montre avec beaucoup de justesse comment l’emprise se construit, comment la violence conjugale s’installe par petites touches, comment ce qui paraît anodin finit par devenir insupportable – la parabole de la grenouille ébouillantée. Je dis ça mais c’est uniquement vrai à partir du deuxième chapitre car Adeline Dieudonné a choisi de commencer par la fin. J’aurais été curieux de découvrir l’histoire sans connaître d’avance son issue.

Le livre possède une véritable dimension préventive tant il illustre un mécanisme que l’on aimerait croire exceptionnel alors qu’il repose souvent sur une accumulation de renoncements, d’excuses et de signaux ignorés. Sa force est peut-être là, rappeler qu’il ne faut rien laisser passer, rien banaliser, rien excuser.

Tout n’est cependant pas aussi convaincant. Certaines séquences m’ont semblé inutilement longues, notamment la description du mariage qui s’étire au-delà du nécessaire. Plus généralement, le roman ne m’a pas donné l’impression de chercher à atteindre une quelconque ambition littéraire. L’écriture est, avec efficacité, avant tout au service de son sujet.

Malgré ces réserves, Dans la jungle remplit largement son objectif. C’est un livre efficace, accessible et utile. En le refermant, je me suis même dit qu’il ferait un excellent film. Son intrigue, son rythme et surtout la façon dont la menace se matérialise peu à peu semblent parfaitement adaptés à une adaptation à l’écran.


Adeline Dieudonné. Dans la jungle. L’iconoclaste, 2026.