Ce livre est une référence dans le genre post-apocalyptique et une référence tout court – après le cinéma c’est en bande dessinée que le roman de Cormac McCarthy vient d’être adapté magistralement par Manu Larcenet1. Je ne voulais ni voir l’un, ni lire l’autre avant d’avoir lu l’oeuvre originale. Mais j’ai repoussé l’échéance car je savais que cette lecture pouvait être éprouvante, je ne m’étais pas trompé.

Tout est mort, plus aucun être n’est vivant, sauf quelques hommes qui tentent de survivre en cherchant désespérément de quoi à subsister, nourriture et vêtements. Parmi ces pauvres hères, une homme et son fils cheminent en direction du sud, poussant un caddie – ce symbole de la société de consommation – contenant tout ce qu’ils possèdent. Qu’y a-t-il au bout de la route, vers quoi marchent-ils ?

Comme dans les oeuvres similaires, on constate que dès qu’il s’agit de survivre, toute trace d’humanité disparait instantanément. Toute les règles de vie sont caduques et l’homme retourne à l’état sauvage – c’est tout le sujet de Walking Dead. Seul l’enfant semble être porteur de la dernière étincelle d’humanité.

L’écriture est sobre, mais parfois poétique, pas de chapitres, mais beaucoup de courts paragraphes qui rythment la lecture. Le livre est à la fois prenant et émouvant.

Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de I’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.


Cormac McCarthy, La Route, traduit par François Hirsch, L’Olivier, 2008.


  1. Manu Larcenet, La route, Dargaud, 2024. ↩︎