La Familia Grande désigne cette famille recomposée qui se retrouve chaque été dans une grande maison de Sanary-sur-Mer. Famille, amis, adultes et enfants s’y mêlent dans une liberté revendiquée, héritée de l’après-Mai 68, où l’on se méfie des interdits autant que de l’autorité. Au premier regard, le tableau semble presque idyllique.
En publiant ce livre, Camille Kouchner a brisé la loi du silence. Ce faisant, elle a fait voler en éclats non seulement cette familia grande, mais aussi sa propre famille. Son récit prend alors la forme d’une catharsis. Elle y donne corps à la culpabilité qui l’a longtemps habitée, sous les traits d’un serpent qui grandit au fil des pages. La culpabilité d’avoir su sans parler, puis celle d’avoir parlé en sachant qu’elle détruirait irrémédiablement l’équilibre familial. Cette contradiction permanente, elle la restitue avec justesse.
L’affaire a connu un retentissement particulier en raison de la notoriété des personnes impliquées. Mais le livre dépasse largement ce cadre. Derrière les noms célèbres se cache une réalité malheureusement bien plus ordinaire. Les mécanismes de l’emprise, du déni et du silence sont les mêmes dans d’innombrables familles.
C’est précisément ce qui rend ce témoignage si important. Plus qu’un règlement de comptes ou qu’une confession, La Familia Grande montre les ravages du silence sur les victimes comme sur ceux qui les entourent. Il rappelle qu’à force de taire l’indicible, le serpent ne cesse de grandir. Il faut, un jour, trouver le courage de parler. Ce livre en est une démonstration aussi douloureuse que nécessaire.
Camille Kouchner. La Familia Grande. Seuil, 2021.