Le Ministère du futur de Kim Stanley Robinson est un roman assez atypique. Il prend le prétexte de la fiction pour écrire une véritable réflexion sur les dangers climatiques qui menacent notre civilisation. On est parfois plus proche d’un rapport du GIEC ou d’un essai du Shift Project que d’un roman traditionnel. Il faut savoir qu’il n’en est pas à son coup d’essai. Kim Stanley Robinson est une figure de la hard science-fiction ses romans – comme ceux composant La Trilogie martienne – privilégient la rigueur scientifique et les conséquences sociales, économiques et politiques des évolutions technologiques ou environnementales.
Jouer la civilisation à la baisse en pensant malgré tout trouver refuge dans une sorte de forteresse postapocalyptique était à peu près aussi stupide que de songer à s’exiler sur Mars.
Le sujet du livre est le dérèglement climatique, et l’actualité rend sa lecture particulièrement pertinente. La scène d’ouverture, qui décrit une catastrophe climatique en Inde, est saisissante. Elle paraît moins relever de la science-fiction que de l’anticipation, tant elle semble plausible à l’échelle de quelques années.
Le livre aborde le réchauffement climatique sous tous les angles, scientifique, économique, politique, financier et même technologique. La construction est originale, alternant des chapitres narratifs avec d’autres qui prennent la forme de témoignages, d’analyses ou de réflexions plus théoriques. Ce schéma se répète tout au long du roman.
On sent que l’auteur s’est énormément documenté. Il évoque des sujets très variés, comme les marchés financiers, les banques centrales, la blockchain ou encore les mécanismes de capture du carbone, toujours avec le souci de proposer des pistes crédibles. Cette démarche m’a parfois fait penser au recueil Ces guerres qui nous attendent, dans les deux cas, il s’agit moins de prédire l’avenir que d’imaginer des réponses concrètes aux crises qui pourraient survenir.
Qu’il soit prémonitoire ou qu’il constitue une immense boîte à idées pour affronter notre avenir commun, ce livre donne beaucoup de matière à réfléchir. Surtout, il rappelle qu’il est encore possible d’agir et que des solutions existent si on s’en donne les moyens.
Kim Stanley Robinson. Le Ministère du futur, traduit par Claude Mamier. Bragelonne, 2023.