Diables blancs est un roman d’un mauvais esprit jubilatoire. Imaginez un couple à la Bonnie and Clyde sous speed, tequila et médicaments, lancé à toute allure dans un Los Angeles des années 1990 en plein spleen. L’idée de la confession – sur cassettes de Walkman, on est dans les années 90 – fonctionne très bien, pas de narration alambiquée, juste un récit qui file à toute vitesse, porté par une voix sarcastique, un humour noir ravageur et un sens du rythme qui ne faiblit jamais.
La réussite du livre tient aussi beaucoup à Beth, la compagne du narrateur. C’est un personnage inoubliable, de la nitroglycérine aussi belle qu’instable, impulsive, imprévisible et animée d’un mépris souverain pour le reste de l’humanité.
James Robert Baker s’amuse également avec les codes du true crime, dans la lignée de Truman Capote ou de Norman Mailer, qu’il détourne avec une ironie féroce. L’intrigue évolue dans les milieux artistiques privilégiés de Los Angeles, baignée de références musicales et cinématographiques qui ancrent le roman dans son époque. Impossible de ne pas penser à Bret Easton Ellis, mais avec une écriture plus fluide, davantage de second degré et un goût assumé pour l’excès.
À ce stade, le charme frustre que pouvait dégager ce trio a laissé place à une sorte de nausée esthétique. Je me sens comme Nabokov coincé en plein bad trip dans un épisode de Roseanne.
Bref, un roman aussi drôle que corrosif, dont on se demande encore pourquoi Quentin Tarantino ne s’en est jamais emparé – d’ailleurs le narrateur imagine son récit adapté au cinéma et commence même à faire le casting. Peut-être tout simplement parce qu’il était introuvable, jusqu’à ce que les éditions Monsieur Toussaint Louverture exhument le manuscrit, refusé par plusieurs maisons d’éditions, du placard dans lequel il croupissait depuis plus de trente ans en publiant sa première édition mondiale en français!
James Robert Baker. Diables blancs. Traduit par Yoko Lacour, Monsieur Toussaint Louverture, 2026.