Le parcours de Renaud Camus a quelque chose de déroutant. Des milieux artistiques et intellectuels du New York des années 1970 au château de Plieux dans le Gers, des vernissages aux meetings identitaires, des éditions P.O.L. aux publications sur Internet, difficile d’imaginer une trajectoire plus singulière. Comment un écrivain, proche de la gauche intellectuelle et figure du milieu littéraire, est-il devenu l’un des principaux inspirateurs de l’extrême droite contemporaine ?
C’est à cette question que tentent de répondre Olivier Faye et Gaspard Dhellemmes dans cette enquête biographique. J’avais beaucoup apprécié La Conseillère d’Olivier Faye et je retrouve ici la même écriture journalistique, fluide et agréable. Au fil des pages défilent de nombreuses figures de l’art contemporain, comme Andy Warhol, de la littérature, comme Emmanuel Carrère – qui a depuis pris publiquement ses distances avec le châtelain de Plieux – ou encore du monde intellectuel et politique, comme Alain Finkielkraut. Au-delà de son sujet principal, le livre offre ainsi une plongée passionnante dans plusieurs décennies de vie culturelle française.
Il balaye la thèse selon laquelle son incapacité à s’imposer comme un “grand écrivain” l’aurait fait basculer dans l’aigreur.
Le plus frappant reste la manière dont une idée, condensée en un slogan suffisamment percutant pour marquer les esprits, peut progressivement quitter les marges pour irriguer le débat public. Les auteurs montrent comment la théorie du “grand remplacement” s’est diffusée jusqu’à rejoindre le débat public après avoir été reprise par une partie de la droite radicale française et américaine, par la mouvance MAGA, et même revendiquée comme motivation par plusieurs auteurs de tueries de masse. À travers cette biographie, c’est finalement moins le destin d’un homme que celui d’une idée qui est raconté, avec toutes les conséquences qu’elle a pu avoir une fois échappée à son créateur – elle semble être en passe d’avoir dévoré l’auteur lui-même, car elle est peut-être la seule chose que l’on retiendra de lui.
C’est le problème quand on crée des monstres: ils finissent par tout dévorer.
Olivier Faye & Gaspard Dhellemmes. L’homme par qui la peste arriva. Fayard, 2026.