J’ai acheté ce livre pour un euro à la braderie annuelle de la médiathèque, signe qu’il n’avait manifestement pas trouvé son public. C’était sans compter sur moi.
Il s’agit d’un de ces romans consacrés à un lieu, une maison de vacances, la maison familiale. Certains critiques semblent s’être lassés de cette veine topophile, après les livres de Christophe Boltanski, Laurent Mauvignier ou d’autres encore. Pourtant, cette manière de faire d’un espace le véritable personnage d’un livre ne date pas d’hier. Je pense bien sûr au Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre, mais aussi à Intérieur de Thomas Clerc, qui poussait le principe jusqu’au bout en y ajoutant l’aspect écriture sous contrainte.
L’angle choisi par Julie Wolkenstein est moderne, explorer cette maison de vacances comme dans un point and click, ces jeux vidéos d’exploration et de résolution d’énigmes. Chaque objet devient un indice, chaque pièce une énigme et chaque détail un déclencheur de souvenirs. Même le titre cache un mécanisme, il suffit de le prononcer, ou même d’y penser, pour lancer les premières mesures de la chanson mélancolique de Léo Ferré.
Le roman est traversé par une profonde nostalgie déjoué par des traits d’humour – comme quand on fait une blague pour ne pas pleurer. Celle des étés de l’enfance, de l’adolescence, puis de la vie adulte et de la maternité. Celle des premiers jours de vacances, lorsque l’on ouvre les volets d’une maison longtemps fermée, puis du moment où il faut les refermer avant le départ et le retour aux contraintes de la vie. Celle aussi des êtres aimés qui ont habité ces lieux et qui n’y reviendront plus. L’autrice évoque tout cela par petites touches, avec beaucoup de subtilité et sans jamais tomber dans le pathos.
L’accumulation des meubles, des bibelots et des objets pourrait paraître superficielle. Bien au contraire, ils sont comme des strates archéologiques, ces traces matérielles racontent les générations qui se sont succédées et disent en creux beaucoup de leurs occupants. Peu à peu, et derrière le côté ludique du jeu vidéo et l’ambiance des vacances, le livre parvient à capturer quelque chose de très difficile à saisir, l’essence d’un lieu habité, la mémoire silencieuse des choses et les traces ténues que les vies laissent derrière elles.
Julie Wolkenstein. Et toujours en été. P.O.L, 2020.