C’est la première fois que je lis un livre écrit par la fille du grand Patrick Modiano. Dans Lointain, Marie Modiano raconte les débuts en tant qu’artiste d’une toute jeune fille, d’abord comédienne au sein d’une troupe, puis musicienne soliste.
Un spectateur de théâtre ne voit habituellement une pièce qu’une seule fois. Il imagine donc rarement l’envers du décor, la vie de la troupe qui doit recommencer soir après soir la même représentation, les déplacements, l’attente, la précarité. Il en va de même pour la musique, on ne se rend pas forcément compte des conditions dans lesquelles vivent la cohorte des musiciens qui ne sont pas sur le devant de la scène médiatique. Ces passages écrits à la première personne sentent forcément le vécu.
J’ai déjà clairement conscience que certains moments de la vie ont pour unique fonction de se muer presque instantanément en souvenirs. Tenter de les prolonger leur ferait perdre leur valeur.
Le récit est entrecoupé de passages à la troisième personne dans lesquels elle raconte, sur le temps long, sa relation avec un jeune écrivain américain. Il n’est jamais nommé, mais ces passages prennent une autre dimension lorsqu’on sait qu’il s’agit de Tristan Egolf, l’auteur du Seigneur des porcheries.
J’ai justement découvert ce livre grâce à L’invention de Tristan, une biographie romancée de cet écrivain écorché vif. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle j’ai eu envie de lire Lointain. J’ai apprécié ce livre tout en retenue et en délicatesse.
Marie Modiano. Lointain. Gallimard, 2017.