En s’intéressant à Detroit, Thomas B. Reverdy tenait pourtant un sacré sujet. Motor City, une ville qui fut le berceau de l’industrie automobile américaine et qui, en quelques décennies, a connu un exode démographique spectaculaire, une faillite retentissante et laissé derrière elle des milliers d’hectares de friches urbaines, ce n’est quand même pas banal. Il y a même quelque chose de postapocalyptique – plutôt bien rendu dans le livre – dans cette ville abandonnée par une partie de ses habitants et hantée par ceux qui sont restés.

C’est Detroit, mon pote. Un putain de terrain vague. Un putain de terrain de jeux.

Il exploite cette matière et construit son roman autour de deux histoires. L’idée de multiplier les points de vue est intéressante sur le papier, mais je suis décidément peu convaincu par ce procédé d’alternance systématique des chapitres. J’ai souvent l’impression de voir les ficelles du dispositif plutôt que de me laisser porter par le récit. Les deux histoires sont forcément liées et cette construction finit par donner au roman quelque chose d’un peu mécanique.

Ce n’est pas mal écrit, loin de là, et le sujet est suffisamment fort pour maintenir l’intérêt, mais je suis resté assez extérieur à l’ensemble. C’est finalement assez plat et je n’ai jamais vraiment été pris par les personnages ni par leur histoire. Dommage, car avec une ville comme Detroit comme décor, il y avait de quoi faire un grand roman en donnant plus d’épaisseur, plus de vie aux personnages.

L’auteur semble décidément aimer les conflits sociaux. Dans L’Hiver du mécontentement, que j’avais lu précédemment, il s’intéressait à la crise sociale qui secouait le Royaume-Uni à la fin des années 1970. Deux sujets passionnants, mais deux fois je reste un peu sur ma faim.


Thomas B. Reverdy. Il était une ville. Flammarion, 2015.