Le point de départ de ce roman est la maison d’éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis. Cette institution paraît anachronique à plus d’un titre. La ville qui abrite la nécropole des rois de France est devenue, dans l’imaginaire contemporain, le symbole de la banlieue populaire – le 93. Au milieu d’elle, subsiste cette école réservée aux filles et petites-filles de personnes décorées des plus hautes distinctions de la République. Créée à l’origine pour assurer l’éducation des orphelines de guerre, elle semble aujourd’hui être à contre-courant de la réalité sociale qui l’entoure, dans une commune où les dispositifs d’éducation prioritaire (ZEP ou REP) cherchent précisément à corriger les inégalités.
Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?
Malheureusement, un décor aussi singulier ne suffit pas à faire un grand roman. J’ai eu l’impression que Lucile Novat misait beaucoup sur cette idée en faisant graviter autour de l’institution plusieurs profils d’élèves très différents ainsi qu’un personnage de passeuse, Vanessa, la surveillante, située entre les deux mondes. Mais ce dispositif ne m’a pas convaincu.
Le style participe également à cette impression. L’autrice cherche manifestement à prolonger l’anachronisme du lieu en faisant se côtoyer une langue soutenue, parfois teintée d’accents gothiques, et le langage contemporain de la rue. L’intention est intéressante, mais je l’ai trouvée artificielle.
Au final, c’est paradoxalement le décor qui demeure le plus marquant. Cette institution apparaît tour à tour comme un bastion préservant un monde disparu ou comme une prison coupée de son environnement. J’aurais aimé que le roman exploite davantage cette tension plutôt que de s’y reposer.
Lucile Novat. Voir venir. Éditions du sous-sol, 2026.