C’est un campus novel, rien de particulier jusque-là, sauf que les cours prodigués au sein de cette institution s’adressent à des humoristes, des stand-uppers et autres improvisateurs dont le métier consiste à monter seul sur scène et à obtenir des rires de leur public toutes les trente secondes environ. Je ne sais pas si ce type de formation existe réellement, mais là n’est pas vraiment l’intérêt du livre.

Lorsque Manny avait entendu parler pour la première fois, une dizaine d’années auparavant, de la création par Ashbee d’un master en stand-up, il avait pensé à une blague (et ç’aurait été de loin la meilleure d’Ashbee). Mais, après confirmation par différentes sources de la véracité de l’information, Manny avait fini par se dire que c’était là sans doute la véritable vocation d’Ashbee: enseigner aux autres ce qu’il avait passé sa vie à essayer de faire.

Il réside plutôt dans la matière dont se nourrissent les membres de cette profession. Ils sont un peu comme des vampires, ils se nourrissent de tout ce qui passe à leur portée pour l’exploiter, le tourner en dérision ou le ridiculiser. Cette posture peut devenir discutable lorsqu’il s’agit de leurs proches. Car que peut-on faire de cette matière première lorsqu’elle est constituée de personnes que l’on aime ? Qu’est-on prêt à sacrifier pour une bonne blague ? Et puis se pose, une fois de plus, la célèbre question, peut-on rire de tout ?

Il fallait désormais que les blagues sexistes vaillent la peine de toutes les emmerdes qu’elles pourraient causer à leurs auteurs, et elle avaient donc tendance à être meilleures.

Camille Bordas choisit de faire tenir son intrigue sur une seule journée1, ce qui en fait un roman circadien. Ce choix donne au récit une certaine tension et permet de concentrer les événements et les réflexions autour de ces personnages qui observent en permanence le monde à la recherche de quelque chose dont ils pourront faire une blague.

Le livre est assez réussi et j’ai passé un bon moment. J’ai toutefois été déçu par la fin, qui devait constituer le bouquet final et qui m’a fait l’effet d’un pétard mouillé.


Camille Bordas. Des inconnus à qui parler. Denoël, 2025.


  1. Cette temporalité apparait dans de nombreux romans dont les plus célèbres sont peut-être Ulysse de James Joyce ou encore Mrs Dalloway de Virginia Woolf. ↩︎