Une chaîne de Markov est un processus mathématique permettant de modéliser des scénarios futurs à partir de l’observation du présent. Ce processus ne prend pas en compte le passé ; il est dit sans mémoire.

Noham Selcer applique ce principe aux relations de couple. Il est vrai que les différentes phases que traverse un couple se ressemblent et que l’on peut y distinguer un motif récurrent. La probabilité d’une rupture, forte au début de la relation, diminue ensuite avant de remonter progressivement avec le temps. Il y a quelque chose de désabusé dans cette vision des choses, comment se lancer dans une relation amoureuse lorsque son issue semble inéluctable et qu’elle ne dépend, selon le principe des chaînes de Markov, d’aucune des actions passées ?

L’auteur tire cette idée de son expérience de professeur de mathématiques. Parmi les personnages qui gravitent autour de son alter ego, j’ai particulièrement apprécié sa grande soeur dépressive, qui s’efforce de le cacher, et son mari “pratique”, qui la laisse tranquille lorsqu’il bichonne sa précieuse BMW et qui s’équipe de son chino rouge pour les sorties. Dommage qu’il n’ait pas plus exploité la jeune soeur, elle avait du potentiel.

Noham Selcer porte un regard désabusé sur la vie, flirtant parfois avec le nihilisme. C’est peut-être ce qui explique que certains le comparent à Michel Houellebecq, mais je n’irais pas jusque-là. J’ai trouvé la fin moins réussie, même si c’est peut-être moi qui me lasse. Quoi qu’il en soit, c’est une très belle découverte.


Noham Selcer. Les chaînes de Markov. Gallimard, 2024.