En feuilletant cette bande dessinée, j’ai immédiatement pensé au Piano oriental de Zeina Abirached, sans doute à cause des belles volutes qui parcourent les pages. Mais c’est surtout le dessin qui m’a fait penser à David B., à son inventivité et à ses inspirations orientales, que j’adore par-dessus tout. Dans un autre registre, celui de l’autobiographie, Persepolis de Marjane Satrapi vient également à l’esprit — Marjane, tu nous manques. Ici, toutefois, Yann Damezin met son talent de dessinateur au service de Reza Sahibdad, qui raconte sa propre histoire. Une démarche qui rappelle celle de L’Odyssée d’Hakim — une autre BD sur l’exil —, même si le traitement graphique est radicalement différent. Voilà, en quelques références, de quoi vous donner une idée de ce qui vous attend.
Membre de la communauté hazara d’Afghanistan, Reza Sahibdad a été un étranger toute sa vie. Dans son propre pays, en tant que membre d’une minorité, en Iran, en tant qu’afghan puis de retour en Afghanistan, en tant qu’iranien et enfin en France, tout simplement parce qu’il est étranger.
L’idée d’organiser le récit autour de l’entretien avec la juge de l’immigration chargée d’étudier son dossier est particulièrement bien trouvée. Elle évoque l’univers des contes persans, la juge est représentée sous les traits d’une créature mythologique, entre le serpent et le dragon, qui défend, tel un lamassu ou un sphinx, l’entrée de la terre promise, figurée par un château. La narration est également ponctuée de dialogues entre le dessinateur et son sujet, qui donnent à voir la construction même du récit. Le dessin, au trait fin, s’appuie sur une palette réduite aux couleurs primaires qui sont utilisées pour distinguer les différentes parties de l’histoire.
L’un des grands avantages de la bande dessinée est de pouvoir jouer sur deux tableaux. Ici, le récit passe à la fois par le texte et par l’image, tandis que le dessin ouvre un espace à la poésie et à l’imaginaire. Une lecture que je recommande sans hésiter et qui rejoint sans rougir les ouvrages cités en début d’article.
Reza Sahibdad & Yann Damezin. Hazara Blues. Sarbacane, 2025.