Au fil de ses livres-enquêtes, Philippe Jaenada est devenu un personnage de son oeuvre et je soupçonne certains lecteurs – car c’est mon cas – de lire ses livres autant pour le plaisir de le retrouver que pour suivre l’enquête. Dans celui-ci, il ne se déplace pas trop – si l’on ne compte pas les allers-retours entre son domicile et le bistrot du coin —, mais cela n’enlève rien au plaisir de suivre les pérégrinations de ce phénomène qui passe sa vie soit enfermé chez lui, soit dans les bâtiments conservant les archives, le nez dans les vieux papiers. Les textes entre parenthèses et les digressions valent leur pesant de cacahuètes, il est vraiment très drôle et attachant.
Je vais faire mon possible (comme pour chacun de mes livres et souvent en vain) pour ne pas écrire un pavé considérable, mais j’aimerais, si je peux me permettre, que ma nouvelle éditrice, Alix Penent, note ici que le simple résumé de l’affaire, rédigé dans les règles de l’art policier, sans fioritures ni parenthèses, sans méandres psychologiques ni fariboles personnelles, une synthèse, ne tient pas en moins de trois cents pages.
Cerise dans le verre de Martini, le fil rouge de ce livre est l’un de ses idoles – je n’ose pas dire modèles car ils ne sont pas de la même génération, l’un est affublé d’une pipe, l’autre d’une cigarette électronique (il faut vivre avec son époque) –, le commissaire Maigret. Il a lu ou relu l’intégralité, moins un je crois, des 75 romans mettant en scène le célèbre commissaire pendant l’écriture de ce livre. Rien que ça.
Pour dire un mot de l’affaire, notre néo-Maigret tente d’élucider le meurtre de Louise (Lise) Cansot, qui a eu lieu en 1949 – ça ne date pas d’hier. Il a beau rigoler pour dédramatiser la situation, il est modeste car la masse de travail qu’il abat pour écrire ses livres est colossale. C’est un perfectionniste qui veut tendre vers l’exhaustivité et épluche absolument tout ce qu’il peut trouver. Bref, c’est un maniaque.
Comme un peintre – notez la référence –, il procède par couches successives et le tableau se précise au fil de la lecture, ce qui était flou, dont les contours étaient mal définis, finit par apparaître. L’enquête avance donc autant par accumulation de détails que par déduction, et l’on finit par se prendre au jeu.
J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture et je suis déjà triste de quitter ce bon compagnon avec qui j’écluserais bien quelques verres, accoudé au comptoir. Mais j’ai d’ores et déjà pris mes dispositions pour lire ses précédentes enquêtes.
Philippe Jaenada. L’inconnue du quai de Javel, Flammarion, 2026.