En avant, route !

Décidément je fais dans le Gonzo journalisme religieux après L’année où j’ai vécu selon la bible, me voici désormais sur la route direction Saint-Jacques de Compostelle en compagnie d’Alix de Saint-André. Alix de Saint-André est une journaliste de presse écrite qui avait officié quelques temps à la TV en tant que chroniqueuse. Elle nous raconte avec beaucoup d’humour parfois sarcastique mais toujours drôle, ses pèlerinages – ce n’est pas une erreur elle en fait plusieurs. Même si elle est issue d’un milieux religieux, elle ne se gène pas pour égratigner ses compagnons de voyage. On a droit à quelques bons moments et le franc-parler de la journaliste fait merveille. C’est vrai que c’est un sacré personnage. Elle râle, elle critique, elle fume cigarette sur cigarette et ne crache pas sur un bon apéro. ...

Même les truites ont du vague à l'âme

Les titres des romans sont parfois originaux et n’ont rien à voir avec le sujet. Réjouissez-vous – ou pas – car ce livre traite bien de la pêche et de la philosophie qui l’accompagne – contrairement à Brève histoire de la pèche à la mouche déjà chroniqué dans le cadre d’un Masse Critique. Ca tombe bien, je n’y connais rien. Par contre, j’ai toujours aimé écouter les gens parler – les gens intéressants, évidemment. Dans cette catégorie, mes préférés sont les passionnés. Ils sont capables de parler des heures d’un sujet qui est pour d’autres insignifiant voire inexistant. Ils peuvent parcourir des kilomètres, sacrifier un week-end, affronter les pires intempéries pour assouvir leur besoin – et s’éloigner de leur femme. Ils sont extrêmement précis et vous ouvrent un monde là où vous ne voyiez auparavant que le néant. C’est le discours d’un passionné de pêche qui porte le titre poétique Même les truites ont du vague à l’âme. Ce n’est pas très glamour comme passe-temps mais attendez un peu de connaître les valeurs qu’elle véhicule pour juger. ...

Les états d'âme

Christophe André, le psychiatre, nous parle cette fois non pas des émotions mais des états d’âme. Qu’est-ce que les états d’âme ? C’est l’état indéfinissable dans lequel nous nous trouvons en permanence – vous n’êtes pas bien plus avancé. Ce n’est pas une grande émotion comme la peur ou la colère forte et entière, blanche ou noire. Ici, c’est tout en nuance dans d’infinis niveaux de gris. Quelque chose entre le spleen, un peu de mélancolie et une légère tristesse. Toute une gamme d’humeurs dans lesquelles nous vivons en permanence – c’est le mood anglais. Ce que Proust a merveilleusement décrit dans À la recherche du temps perdu, Christophe André nous l’explique avec sa vision et son érudition. N’allez pas croire pour autant qu’il va nous abreuver de termes scientifiques et techniques. Bien au contraire, il s’appuie énormément sur les auteurs et cite abondamment Cioran mais aussi Pessoa et bien d’autres comme Woody Allen bien connu pour son anxiété chronique. Je ne peux résister à reproduire ici la citation du cinéaste utilisée par Christophe André. ...

Touriste

Pour quelqu’un de très casanier comme moi, lire un livre portant le titre Touriste est déjà une aventure. C’est un livre qui porte bien son nom et s’apparente à un carnet de voyage. Au moyen d’un chapitre par pays, Julien Blanc-Gras nous ballade autour du globe. Son narrateur nous régale d’anecdotes croustillantes bien servies par une prose rafraîchissante. Les plus attentifs d’entre vous auront peut-être remarqué une incohérence entre le carnet de voyage et le fait que ce soit un narrateur qui nous parle et non l’auteur lui-même. C’est tout simplement que, contrairement aux apparences, c’est bien d’un roman dont je suis en train de vous parler. ...

Venise, Itinéraires avec Corto Maltese

Ce guide de voyage sort des sentiers battus au sens propre comme au figuré. On ne peut être qu’enthousiaste à l’idée de parcourir une ville accompagné d’un guide conçu selon un axe résolument différent – on est bien loin du moustachu à sac à dos du guide du routard. Ici c’est caban, pantalon blanc et créole. Corto est mis à toutes les sauces mais, pour une fois, c’est légitime. Non seulement, Venise est au centre de l’album Fable de Venise mais aussi et surtout, son créateur Hugo Pratt est vénitien. Venise a marqué l’oeuvre du grand voyageur et c’est précisément sous cet angle que les auteurs ont souhaité nous faire découvrir la ville. Tout au long des sept ballades (couvrant les 6 quartiers de Venise plus les îles) qui nous sont proposées, ils vont pointer du doigt les innombrables détails et symboles mystiques et religieux qui parsèment la cité des Doges. Chacune décrit un itinéraire s’écartant, autant que possible, des parcours classiques. Ils sont jalonnés de points d’intérêt bien évidemment illustrées par les dessins du maître. Ce procédé est loin d’être anecdotique car il met en lumière des détails accentués par l’auteur qui passeraient inaperçus sur des simples photographies – je pense notamment aux inscriptions se trouvant sur l’épaule du lion grec gardant l’entrée de l’arsenal. ...

Winter

Rick Bass est un écrivain américain exerçant également la profession de géologue. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres parmi lesquels on trouve, presque à part égale, des romans et des essais. Dans Winter, qui est un journal, il raconte son expérience de vie lorsqu’il décide de quitter la ville, en compagnie de sa femme, pour partir habiter à Yaak dans le Montana. Pour le coup, le dépaysement est total, Yaak est un tout petit village dans lequel on trouve uniquement un magasin général et un café. Dans ces contrées, l’hiver est particulièrement rude et Rick Bass, ayant conscience de sa condition de citadin, va s’employer à préparer la venue du terrible hiver. ...

La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules

Des petits moments de bonheur, pas plus de trois pages. Avoir un couteau dans sa poche, écosser des petits pois, rester manger chez des amis alors que ce n’est pas prévu, sortir au petit matin à pas de loup acheter des croissants et bien sûr, la première gorgée de bière. Quelle idée géniale de raconter ces choses banales mais tellement précieuses. Dans une langue absolument enthousiasmante, Philippe Delerm nous régale. Je vous conseille, pour procurer l’un de ces moments à vos invités, de disposer à leur intention un exemplaire de ce petit livre bien en évidence sur la table de chevet. Ils pourront ainsi savourer quelques uns de ces récits avant de trouver le sommeil et se rappelleront longtemps cet agréable moment. ...

H.P. Lovecraft

Il s’agit bien d’un essai de Michel Houellebecq consacré à l’un de ses auteurs favoris Howard Phillips Lovecraft. H.P. Lovecraft est l’un des maîtres du récit fantastique et d’horreur. Dans ce court essai, Michel Houellebecq étudie l’homme et son oeuvre et cherche à trouver des parallèles. Ce n’est ni une biographie ni une étude approfondie de l’oeuvre mais un subtil mélange entre les deux pour n’en garder que le meilleur. Il évoque l’inadaptabilité sociale de l’auteur, ses difficultés avec l’argent et l’amour, deux sujets qui n’apparaissent d’ailleurs jamais dans l’oeuvre du novéliste de l’horreur. Il aborde surtout le problème du racisme de l’auteur catalysé par son séjour à New York où il a été forcé, à cause de ses problèmes d’argent, de côtoyer les plus modestes et notamment une part importante d’immigrés. Selon, Michel Houellebecq, ce racisme aurait nourri son oeuvre et en serait l’un des fondements. Dans les nouvelles de Lovecraft, c’est souvent un alter ego de l’auteur, par exemple un jeune professeur bien éduqué, qui est aux prises avec le mal – sous-entendu les étrangers. Cette hypothèse est corroborée par le fait que ce que Houellebecq identifie comme les “grands textes” – dont voici la liste classée par date de composition – ont été écrits après la période new yorkaise de l’auteur: ...

Les vertes lectures

L’auteur de Vendredi ou la vie sauvage1 passe en revue quelques un de ces livres destinés à la jeunesse. Il nous démontre que, comme son roman, ils recèlent plusieurs niveaux de lecture et que, sous des abords enfantins, se cachent souvent des éléments plus profonds. Un livre qui nous incite à lire ou à relire ces ouvrages trop souvent dénigrés. Dommage tout de même que l’accent soit plus mis sur les auteurs que sur leurs oeuvres. ...

L'année où j'ai vécu selon la Bible

Après s’être attaqué à la gigantesque encyclopédie Britannica, A.J. Jacobs, journaliste pour le magasine Esquire, s’est attaqué à un autre monument. Je parle bien évidemment du livre parmi les livres: La Bible. L’auteur a décidé de vivre pendant un an selon les préceptes du livre saint. Il expérimente le littéralisme en appliquant les règles au sens strict. Suivre ces principes vieux de plusieurs milliers d’années dans le New York des années 2000 réserve quelques surprises et quelques situations cocasses. Porter une barbe, une robe blanche à laquelle – la robe pas la barbe – sont accrochés des pompons attire évidemment quelques regards interrogateurs. Il n’est pas non plus facile de garder des moutons ou de pratiquer la lapidation en plein Central Park. Mais, il est encore plus difficile d’éviter les mauvaises actions que tout citadin pratique avec assiduité et une régularité d’horloger chaque jour: ...

Je dépasse mes peurs et mes angoisses

Christophe André le célèbre psychiatre a eu la bonne idée de s’associer au dessinateur Muzo pour illustrer son livre Je dépasse mes peurs et mes angoisses. Cette nouvelle version illustrée vient de paraître directement au format poche. Les dessins, souvent très drôles, illustrent parfaitement le propos et aident à dédramatiser les situations liées à l’anxiété, à la timidité, aux phobies, à l’angoisse et aux TOCs. Si vous souhaitez vous faire une idée, Christophe André publie en ce moment des dessins sur son blog. Ce livre constitue une bonne entrée en matière avant d’aborder, par exemple, Les états d’âmes un autre ouvrage plus abouti et plus complet du même auteur. ...

1 An - 365

J’adore les crossovers. Dans le cas de ce recueil, c’est l’occasion pour les amateurs de BD de s’arrêter sur le travail colossal des dessinateurs. Parfois, et même si je m’astreins à ne pas le faire, je me surprends à tourner rapidement les pages afin de connaître la suite de l’histoire sans avoir pris le temps de m’arrêter et d’observer le travail des dessinateurs. Ici, un paysage, là un gros plan d’un visage à l’expression exacerbée, un peu plus loin, un cadrage audacieux faisant ressortir d’admirables perspectives. Si on ne remarque pas toutes ces choses au premier abord, c’est normal et c’est bon signe. Le dessins, les cadrages et toutes les techniques narratives liées aux images sont avant tout là pour servir l’histoire. Si on ne les remarque pas mais que l’on est pris par l’histoire, le pari est gagné. Proposer un recueil sans histoire libère le dessin de ses contraintes narrative, laisse au dessinateur tout le loisir de s’exprimer et de présenter son travail. C’est aussi l’occasion pour les autres - ceux qui ne connaissent pas bien l’univers de la BD – d’entrer par cette porte dans ce monde riche et varié. Ils découvriront peut-être, grâce à ce type d’ouvrage la fabuleuse diversité des genres et des techniques proposés aujourd’hui dans la bande dessinée. ...

Lire aux cabinets

Derrière ce drôle de titre se cache un petit essai (c’est en fait le chapitre d’un livre cf. plus bas) assez virulent concernant la lecture mais aussi certains travers de la nature humaine. Sans parler du peu de respect accordé aux auteurs partageant bien malgré eux votre intimité, Henry Miller va plus loin et trouve l’origine de cette pratique dans le refus de se retrouver seul avec soi-même. Il invoque les mêmes raisons pour expliquer le nombre, toujours grandissant, de personnes rivées du matin au soir devant leur télé. Pour soigner les membres les plus atteints de cette détestable habitude, il va même jusqu’à prescrire la lecture de certains ouvrages particulièrement rébarbatifs. Dans son livre, il ne critique pas tant l’offense faite aux auteurs – car après tout, chacun est libre de lire où il le souhaite – que l’aliénation de certains se trouvant toujours obligés d’occuper aux mieux leur temps, sans même respecter celui normalement dévolu aux plus essentielles nécessités de la nature. ...