D’entrée le scénariste vous dit dans l’introduction – juste pour vous mettre la pression – qu’il a travaillé 10 ans sur ce livre. Rien que ça. Il faut dire qu’il a de l’ambition. En plus de la dimension politique de son oeuvre, il décide de traiter un autre sujet d’envergure, l’un des plus grands fléaux: l’épidémie. Ce n’est pas un sujet très original, il est souvent abordé, notamment au cinéma et fait partie de la grande famille des scénarios catastrophes. Malheureusement, avec l’épidémie Ebola qui sévi toujours, on est en plein dans l’actualité. Non, ce qui est plus original, et surtout plus ambitieux, c’est de mêler politique et scénario catastrophe dans une grande théorie du complot.

Bien que très chargée donc, l’histoire n’est pas dépourvue d’intérêt – il faut juste accepter d’y croire. C’est plutôt du côté du scénario que le livre pèche un peu. Je ne saurais pas dire ce qui cloche vraiment, mais le fait est que tout ne coule pas naturellement. Peut-être que le choix des personnages assez caricaturaux voire stéréotypés n’aide pas vraiment. Le découpage des scènes façon cinéma non plus.

Si on cherche des explications au fait que cette BD ne fonctionne pas ou fonctionne mal, il faut aussi s’intéresser aux dessins. Il n’y a rien à redire sur un plan formel. Ils sont très réussis et correspondent tout à fait à ce que l’on est en droit d’attendre pour ce type d’ouvrage. Non, le souci vient du partis pris du dessinateur.

Me servir de techniques graphiques expérimentales comme supports narratifs.

Je crois que tout est dit dans le «expérimental». Il y a des choses qui fonctionnent et d’autres qui ne fonctionnent pas du tout. Dit autrement, l’effet produit n’est pas toujours celui attendu. Mais ce n’est très grave. Ce qui l’est plus c’est que par l’utilisation de ces techniques il n’encre pas l’histoire dans la réalité et fait même l’exactement le contraire en la rendant encore moins crédible. Et elle n’avait vraiment pas besoin de ça.


Mike Huddleston et Robert Venditti, Homeland Directive, La Menace Intérieure, traduit par Benjamin Rivière, Urban Comics, 2013, 160 p, Amazon.