La ville de Belfast, même imprimée sur une simple feuille de papier, possède un puissant pouvoir évocateur. Surgissent aussitôt les briques rouges, les fresques murales, le ciel bas et la pluie fine – sans oublier la Guinness. Mais Belfast, c’est surtout le théâtre des Troubles, ce conflit qui a durablement endeuillé l’Irlande du Nord. C’est dans ce contexte qu’un luthier parisien se prend de passion pour la cause républicaine et se retrouve progressivement mêlé à une guerre qui n’est pas la sienne.

Dans Mon traître, Sorj Chalandon retranscrit avec une grande justesse cette atmosphère lourde, tendue, traversée par la peur et la ferveur militante. Il puise dans sa propre histoire, journaliste à Libération, il a longtemps couvert le conflit nord-irlandais et a lui-même été lié à celui qui inspira le personnage central.

Le roman est porté par trois forces entremêlées, le courage de beaucoup, la trahison de certains, et la souffrance de tous. La question de la loyauté y est centrale et prend aux tripes. Il est facile de condamner les traîtres, il l’est beaucoup moins de tenter de comprendre ce qui les a conduits à se retrouver dans une position aussi intenable – sur ce questionnement moral je recommande la lecture d’Aurais-je été résistant ou bourreau ?.

Avec Retour à Killybegs, Sorj Chalandon offrira quelques années plus tard à son traître un droit de réponse, en racontant la même histoire depuis son point de vue.


Sorj Chalandon. Mon traître. Grasset, 2008.