Et quelquefois j'ai comme une grande idée

Et quelquefois j’ai comme une grande idée est un de ces romans qui semblent embrasser toute la condition humaine. On y trouve une trahison initiale, la famille, le travail, la culpabilité, l’orgueil, la fraternité, la rivalité, le poids de l’héritage, bref, tout ce qui fait l’essence de la tragédie. C’est sans doute l’un des plus grands romans que j’ai lus. On connaît surtout Ken Kesey pour l’adaptation au cinéma de son livre, Vol au-dessus d’un nid de coucou, mais ce roman révèle un écrivain d’une ambition et d’une maîtrise exceptionnelles. Il ne se laisse pas enfermer dans le carcan de la narration, refuse de rester dans ses rails – on est aux antipodes des constructions stéréotypées. Les points de vue se déplacent sans prévenir, le narrateur change de perspective, les voix s’entremêlent, le temps se contracte ou s’étire. Mais cette liberté n’a rien d’un exercice de style et ne gène pas la lecture. Kesey ne cherche pas à impressionner, il cherche à insuffler davantage de vie à ses personnages. Et il y parvient avec énormément de force. ...

25 juil. 2026 · #1000 ·  Roman  ♥

Tous les hommes du roi

Après avoir lu Karoo et Le dernier stade de la soif, je suis tombé par hasard sur Tous les hommes du roi, un autre des grands animaux de la très belle maison d’édition, Monsieur Toussaint Louverture qui remet à l’honneur de grands livres étrangers oubliés en les présentants dans de nouvelles traductions et des écrins à leur mesure. C’est le cas pour Robert Penn Warren que je ne connaissais pas alors qu’il a reçu deux prix Pulitzer dont un pour ce livre. ...

16 oct. 2025 · #935 ·  Roman  ♥

Le dernier stade de la soif

Voici un livre qui m’a beaucoup touché et qui a résonné très fort. Il s’agit d’une autobiographie romancée – aussi appelée parfois autofiction – de Frederick Exley. Le protagoniste – ou l’auteur – qui nous raconte une partie de sa vie ne s’est jamais adapté à la société. Il a été ce que l’on appelle parfois un marginal. Il semble l’avoir été malgré lui, pas par sa posture donc, mais plutôt par une incapacité totale à entrer dans le moule étriqué de la société. Quand je dis que ce n’est pas une posture, on peut même dire que c’est même l’opposé puisqu’il a énormément souffert et est entré dans une spirale d’autodestruction qui l’a mené à plusieurs reprises jusqu’à l’hôpital psychiatrique, et dans laquelle une seule chose a surnagé, peut-être comme un vestige de l’enfance idéalisé, les New York Giants. ...

3 juil. 2021 · #612 ·  Roman  ♥

Karoo

Saul Karoo est un docteur en scénarios. Il oeuvre pour l’industrie du cinéma et parvient parfois à faire des miracles. Il est grassement payé pour ses services, on peut mesurer son talent à la taille de son compte en banque – même si ce n’est pas toujours proportionnel dans ce milieu. A part ça, c’est un gros looser. Il a divorcé, il ne voit jamais son fils – il l’évite –, il est dans un état de santé proche de celui d’un cadavre, il n’a plus d’assurance maladie, il fume, il boit et ne parvient même pas à être saoul. Et c’est certainement l’une des raisons qui font que ses aventures sont si plaisantes à lire. On se sent comme l’homme idéal comparé à lui – enfin la taille du compte en banque en moins. ...

28 sept. 2015 · #346 ·  Roman  ♥