C’est déjà le huitième roman de Fred Vargas mettant en scène son désormais célèbre commissaire Adamsberg. Ce succès n’est pas dû au hasard et force est de constater que le concept ne s’émousse pas avec le temps, il a même tendance à s’améliorer. Pour chacun de ses romans, Fred Vargas semble partir de quelque chose qui l’intrigue, l’étonne ou l’a fait rêver. Dans son précédent roman, Dans les bois éternels, il s’agissait de l’os se trouvant dans le coeur du cerf. Autour de ce type d’élément, elle construit une histoire se situant à la lisière du fantastique. Elle flirte avec, tourne autour, sans jamais succomber à la tentation de tomber dans ce registre et de décrédibiliser son histoire.

C’est certainement l’un des secrets du succès de ses romans. L’autre est surement lié à la personnalité de son commissaire. C’est un rêveur qui laisse les solutions venir à lui plutôt que de les chercher. Il sent les choses, les perçoit, il a un profil kinesthésique. Il est toujours en train de griffonner quelque chose sur un bout de papier en écoutant d’une oreille distraite – cette manie va d’ailleurs lui jouer des tours dans cette histoire. Il a beaucoup de mal à retenir les informations et notamment les noms – ce qui est problématique pour un commissaire – et raisonne de façon complètement irrationnelle, souvent par association d’idées. Vous avez peut-être déjà fait l’expérience de buter sur un problème toute la journée et la solution vous est apparue claire et évidente au saut du lit sans avoir eu l’impression d’y réfléchir. Hé bien c’est un peu cette aptitude dont se sert le commissaire pour résoudre les affaires dont il a la charge. S’il fallait citer un autre symbole de son originalité, je vous parlerais des deux montres qu’il porte au poignet. Ce n’est pas très original puisque Nicolas Hayek – le créateur de Swatch – en portait plusieurs, non l’originalité réside dans le fait qu’aucune n’indique l’heure exacte. Pour ça, il préfère se fier à la prostate de son voisin, le vieil espagnol manchot:

Sept heures, dit-il en jetant un oeil par la fenêtre. C’est l’heure où le voisin pisse contre l’arbre. Il pisse toutes les heures et demie, jour et nuit. Ça ne fait pas de bien à l’arbre mais ça me donne l’heure.

Le contraste avec son adjoint, le commandant Danglard, est saisissant car c’est un esprit cartésien, logique doublé d’un puits de science. Cette dichotomie, cette opposition de style apporte une saveur bien particulière aux romans de Fred Vargas. Pour en revenir au livre, cette fois le point de départ est une histoire de vampires. N’ayez pas peur, le tout se tient très bien et est même d’un grand intérêt. Contrairement à certains autres livres de la série, la vie privée du commissaire est passée sous silence et ce n’est finalement pas plus mal. Mais les choses ne vont jamais comme l’on veut et sa vie privée va finir par le rattraper bien malgré lui. En conclusion, un très bon opus qui ravira les rêveurs, les curieux et tout simplement les amateurs de bons bouquins.


Fred Vargas, Un lieu incertain, Editions 84, 2013, Amazon.