James Ellroy s’intéresse aux évènements qui animèrent les deux faces – pas si antagonistes que ça – de l’Amérique, la politique et la mafia, entre les 22 novembre 1958 et 1963. Pendant ces 5 années il va se passer beaucoup de choses et Ellroy nous les raconte à sa façon dans un mélange de dialogues qui semblent pris sur le vif et de reproductions de divers documents: rapports, correspondances, retranscriptions d’écoutes téléphoniques, etc. Comme souvent chez lui c’est très dense et un peu difficile à suivre, disons qu’il faut s’accrocher. J’ai eu la chance d’avoir vu, juste avant de démarrer la lecture, le film The Irishman the Martin Scorsese qui se déroule à la même époque et qui a en commun avec ce livre l’un des personnages réel, James Riddle Hoffa. Car ce roman – comme la plupart des autres romans d’Ellroy me semble-t-il – a la particularité d’entremêler des personnages réels Jimmy Hoffa donc, les Kennedy évidemment mais aussi un Howard Hughes fatigué et le terrible et toujours en forme John Edgar Hoover et des personnages de fiction, il sont trois: le bon Ward Little, la brute Pete Bondurant et le truand Kemper Boyd.

Je ne pense pas que ce livre, qui fait partie d’une trilogie, ait été adapté au cinéma, mais ce serait un carton. Il n’y a qu’à suivre la trame du roman et à trouver les bons acteurs pour incarner ces personnages géniaux. Leurs relations et leurs actions sont un modèle du genre dans l’univers du roman noir. Il en va de même avec les évènements, la fiction s’entremêle avec la réalité qui est déjà bien riche, l’élection présidentielle, les évènements à Cuba et notamment l’épisode de la baie des cochons – j’ai le souvenir de n’avoir strictement rien compris à ce pan de l’histoire, dont je trouvais le nom étrange, lorsque j’étais au lycée et d’avoir enfin saisi de quoi il s’agissait. Il paraît que James Ellroy travaille à partir de matériaux beaucoup plus denses dans lesquels il taille pour écrire ses livres et qu’il dispose donc de tout un plan détaillé avant de coucher la première ligne de ses romans sur le papier. Son style est toujours le même. Il est à la fois capable d’utiliser un langage vulgaire et raciste – il dit qu’il colle à l’époque à laquelle se déroule son récit – par exemple lorsqu’il parle « des espingos bouffeurs de fayots » et de formules très subtiles et bien tournées par exemple lorsqu’il fait parler Hoover.

Je pense que vous avez trouvé votre terrain de prédilection. Je serais bien en peine de concevoir tâche plus appropriée à un homme manifestant autant d’indulgence dans son code de loyauté personnelle.

La maîtrise à la fois de la narration et de cette période de l’histoire récente des États-Unis est saisissante. Mais Ellroy est exigeant avec son lecteur, ce n’est pas une lecture à prendre à la légère sous peine d’être complètement largué, mais elle peut aussi devenir très agréable. Il faut se concentrer un minimum – et éviter de lire plusieurs livres en même temps comme je le fais trop souvent – malgré cette précaution, j’ai quand même mis un mois à le lire. Passé ces quelques 800 pages, il reste encore deux tomes à lire pour venir à bout de cette trilogie – il s’agit de la seconde série dans l’ordre chronologique après Le Quatuor de Los Angeles (qui n’est pas une trilogie comme son nom l’indique) et avant le Second Quatuor de Los Angeles (qui ne semble pas non plus être une trilogie) qui débute avec Perfidia et qui se poursuit avec La Tempête qui vient paru en 2019. J’avoue avoir le tout sur une étagère, mais je ne vais pas m’y remettre tout de suite.


James Ellroy, American Tabloid, traduit par Freddy Michalski, Éditions Rivages, 2015, 800 p, Amazon.