Riad Sattouf est un auteur précieux qui sous un angle humoristique se pose en témoin de sa génération – son sujet de prédilection étant la vie quotidienne. Il semble réaliser avec la série des Cahiers d’Esther une synthèse de plusieurs de ses précédents ouvrages. Comme dans La vie secrète des jeunes il y a indéniablement un côté témoignage – anthropologique ou ethnologique pourrait-on dire – puisque la aussi, a priori tout est vrai ou au moins basé sur des faits réels – il faut malheureusement se rendre à l’évidence, on est plus proche de la réalité que de la fiction.

Il y a aussi comme dans L’arabe du futur une veine biographique et non plus autobiographique car il ne s’agit plus de raconter son enfance, mais celle d’Esther la fille d’un couple d’amis – c’est ce que dit Riad Sattouf et il n’y a aucune raison de ne pas le croire. Il prévoit de réaliser un album par an jusqu’à ses 18 ans, aujourd’hui dans le dernier de la série elle a 13 ans.

D’après une histoire vraie racontée par Esther A., 10 ans.

Enfin, comme dans Pascal Brutal on se retrouve plongé dans un univers urbain propice à la satire sociale. Mais cette fois ce n’est pas de l’anticipation dans un monde encore plus moche que le notre, mais une vision de la triste réalité. La BD est organisée en courtes histoires dont chacune tient sur une planche bien qu’elles soient organisées dans un ordre chronologique puisque Esther grandit au fur et à mesure. Si ce format est parfaitement adapté à la pré-publication dans l’hebdomadaire l’Obs, la densité des planches peut rendre à la longue la lecture indigeste lorsqu’elles sont lues à la suite dans un album.

Vu son âge, elles tournent autour de sa famille, de l’école et des copains / copines – normal. Elle adore son père, mais a plus de mal avec son frère qui est un adolescent fréquentant un collège « gratuit », Esther est quant à elle dans une école privée. Ce dernier passe son temps à regarder son téléphone portable et ne rêve que d’une chose, avoir une coupe de footballeur – il est pratiquement le seul au collège à ne pas en avoir.

Il n’a pas seulement l’air con, il l’est.

Il convient de souligner le très beau travail graphique en bichromie qui est bien mis en valeur par une édition irréprochable dans un format généreux réalisée par la maison Allary. Ne croyez pas qu’il s’agit de petites anecdotes rapidement lues, il y a beaucoup de matière et la lecture vous demandera un peu de temps et vous occasionnera pas mal de rigolades – et quelques craintes aussi si vous êtes le papa ou la maman d’une petite fille.

Finalement, que tout ceci soit vrai ou faux n’a pas beaucoup d’importance, je cite Philip Roth dans Opération Shylock1.

Ses histoires sont-elles exactes, sont-elles vraies ? Moi je ne pose jamais de question sur leur véracité. Je crois plutôt que c’est du roman et, comme c’est souvent le cas, le roman fournit à celui qui l’invente un mensonge par lequel il exprime son inaudible vérité.

Ce n’est certainement – et encore une fois malheureusement – pas tellement éloigné de la réalité, l’état de l’école, l’addiction aux téléphones portables ou pire encore les coupes de cheveux de footballeur, tout ceci sonne tout de même assez vrai.


Sattouf, Riad. Les Cahiers d’Esther - Histoires de mes 10 ans. Allary, 2016.


  1. Roth, Philip. Opération Shylock : Une confession. Traduit par Lazare Bitoun, Gallimard, 1997. [return]