Je suis tombé sur ce vieux Simenon, jauni et poussiéreux, dans la bibliothèque de la maison de campagne. La couverture est illustrée par une photo de Romy Schneider – ce qui m’a profondément agacé car je n’ai pu m’empêcher, tout au long de ma lecture, de me représenter Anna sous ses traits. J’ai lu une page par curiosité et j’ai été emporté par l’histoire. Les éléments se mettent en place rapidement et de façon claire, puis, tout s’enchaîne.

Ce livre n’est pas un Maigret, mais l’un des livres que l’on classe dans la catégorie des romans durs de l’auteur belge – il fait partie des romans choisis pour figurer dans l’un des trois volumes de la Pléiade. Le roman est ramassé – moins de 200 pages – et est écrit à la première personne par le principal protagoniste qui est donc aussi le narrateur.

C’est vrai qu’il est possible que je me répète, que je m’embrouille, voire que je me contredise car, si j’écris, c’est surtout par besoin de découvrir une certaine vérité.

Le train dans lequel Marcel et sa famille montent pour fuir la guerre symbolise le changement et donne lieu à la réflexion, à un certain recul sur soi-même. Ce moyen de locomotion est l’élément principal de plusieurs romans, La modification et Zone en sont deux exemples moins connus que Le Crime de l’Orient-Express1. Ce qui m’a frappé une fois de plus, après la lecture de Yoga et de l’Odyssée d’Hakim, est l’évocation de la condition de réfugié. Avec les guerres qui ne cessent d’embraser la planète, elle est malheureusement toujours d’actualité et très bien évoquée ici. Simenon montre comment on perd son statut d’homme ou de femme pour devenir une masse dans laquelle se fond chaque individualité en un seul stéréotype, le réfugié.

On entrait dans Rethel et là, tout à coup, pour la première fois, nous prenions conscience de ne plus être des hommes comme les autres, mais des réfugiés. Je dis nous, encore que je n’aie pas reçu de confidences de mes compagnons. Je crois pourtant qu’en si peu de temps nous en étions arrivés à réagir plus ou moins de la même façon.


Georges Simenon. Le Train. Le Livre de Poche, 2008.


  1. Agatha Christie. Le Crime de l’Orient-Express. Éditions du Masque, 1999. ↩︎