Enfance, Adolescence, Jeunesse
J’ai souhaité commencer ma découverte de Tolstoï par ce livre, par le commencement, par ce roman de jeunesse largement autobiographique. L’auteur y raconte les différentes étapes de la vie d’un jeune garçon – comme l’indique le titre – issu de la noblesse russe, dans le contexte de la Russie impériale du XIXe siècle. Ma première impression – sans doute naïve, car je m’attendais je ne sais pourquoi à un texte complexe – a été celle de la simplicité de la langue. L’écriture est limpide, la lecture fluide et agréable, et l’on suit avec un réel plaisir les premiers pas dans la vie, ainsi que les pensées et les tourments intérieurs qui accompagnent l’enfance puis l’entrée dans l’adolescence de ce jeune homme. ...
Blacksad T3
John Blacksad se retrouve plongé dans une intrigue sur fond de maccarthysme. Le contexte historique est particulièrement bien rendu et cet épisode fourmille de références politiques, culturelles et sociales, qui donnent à l’album une épaisseur supplémentaire. Tous les ingrédients du cahier des charges Blacksad, qui sont ceux du polar classique, sont là. Une intrigue solide, de la bagarre, un héros toujours aussi charismatique et un jolie fille à séduire. Les dessins sont somptueux, les décors, les couleurs et les personnages sont choisis et vêtus avec style. L’ambiance des années 1950 est présente à chaque page. ...
Carbone & Silicium
Carbone et Silicium sont les deux premiers prototypes d’androïdes dotés de la faculté de penser. À l’image des intelligences artificielles conversationnelles que nous utilisons aujourd’hui, ils ont été nourris de tout ce que le réseau a accumulé et sont, en théorie, omniscients. Mais ils se heurtent à une contradiction majeure, ils n’ont pas été créés pour vivre leur propre existence – on s’en doute – mais pour des raisons mercantiles. Ce sont des esclaves modernes, condamnés à une durée de vie limitée afin de pouvoir être remplacés – l’obsolescence programmée appliquée à des êtres conscients. ...
L'élimination
Rithy Panh est un survivant du génocide cambodgien. Il a perdu presque toute sa famille et traversé l’enfer. Alors qu’il était encore enfant, les Khmers rouges – un mouvement politique communiste d’inspiration maoïste – prennent le pouvoir et mettent en oeuvre des purges visant certaines catégories de la population. Il ne s’agit pas de l’élimination ciblée de quelques dirigeants, mais bien de l’évacuation de villes entières, dont la capitale Phnom Penh, suivie de tortures et d’exécutions de masse qui feront près de deux millions de morts. ...
Jacky
Je m’étais dit qu’un roman intitulé Jacky, dont la ligne temporelle est balisée par la sortie successive des générations de consoles de jeux vidéo, serait l’occasion de passer un bon moment, porté par la nostalgie de l’enfance et de l’adolescence. Mais cet aspect n’est en réalité qu’un fil rouge. Les anecdotes évoquées autour du jeu vidéo sont assez banales, presque attendues. Elles relèvent davantage de l’accessoire, d’une béquille inutile dont le livre aurait pu s’en passer. ...
Deep Me
Deep me ou l’expérience du noir total. Des planches entières de cases totalement noires où seul le récitatif est présent en lettres blanches. On comprend tout de suite la situation. Adam est quelque part entre la mort cérébrale et le locked-in syndrome. On est clairement dans de la bande dessinée expérimentale et Marc-Antoine Mathieu est un spécialiste – ou un habitué – du genre. Le dispositif est très bien adapté à la situation, comment dans une vue à la première personne, de l’intérieur. C’est assez fort, puisque l’on ressent la frustration immense juste par le biais d’un texte posé sur des cases noires. ...
Les fantômes du vieux pays
Les fantômes du vieux pays est le premier roman de l’auteur américain Nathan Hill. Comme beaucoup de premiers romans, il se montre d’emblée très ambitieux. Plusieurs trames narratives s’y entremêlent autour d’un professeur de littérature qui passe davantage de temps à jouer en ligne qu’à écrire le grand roman pour lequel il a pourtant déjà reçu un confortable à-valoir – aussitôt englouti dans l’achat d’une maison dont la valeur s’est effondrée lors de la crise immobilière. Alors que les nuages s’amoncèlent dans sa vie, un événement inattendu va alors le contraindre à se replonger dans un passé qui pourrait être sa planche de salut. ...
La voix des bêtes, la faim des hommes
Une BD au dessin très travaillé et expressif qui nous plonge dans le Moyen Âge des campagnes pendant la période d’évangélisation chrétienne. Le paganisme polythéiste régnait alors, les hommes croyaient en des dieux plus proches de la nature. Rien à dire de ce côté, l’ambiance est là et certaines planches sont magnifiques. Ensuite, j’ai dû rater quelque chose, dans la partie enquête. Je n’étais pas assez intéressé et attentif pendant la lecture. Difficile donc d’en conclure quelque chose. Soit ce n’était pas une lecture pour moi, soit ce n’était pas le bon moment. ...
Le Bel Obscur
J’étais curieux de lire celle qui a figuré – en tant qu’outsider, mais qui a finalement terminé en deuxième position – dans la liste finale du Goncourt 2025. Avec Le Bel Obscur, Caroline Lamarche était parfaitement dans la tendance de l’année, le roman – ou l’autofiction – familial. J’ai soulevé le couvercle au bois gonflé et sorti une pile de documents. La photo retrouvée dans une vielle malle, on a déjà vu ça assez souvent. Anne Berest avec La carte postale et cette année Finistère, Christophe Boltanski dans Les vies de Jacob sans oublier le maître de la mémoire partiellement effacée, Patrick Modiano. Et il faut avouer que ça fonctionne plutôt bien, les enquêtes sont par essence prenantes et l’écriture dynamique teintée d’ironie de l’autrice rend la lecture agréable. ...
Le Diable et Sherlock Holmes
Ce livre est un recueil d’articles parus dans des magasines renommés comme The New Yorker ou The Atlantic. Le titre du recueil le place sous le haut patronage de Sherlock Holmes. Ce titre pourrait être trompeur voire abusif car, si de nombreux articles relatent des faits-divers, seul le premier est directement lié au détective de fiction le plus célèbre de la littérature. Mais c’est sans compter sur le talent de compteur de David Grann que j’avais déjà pu apprécier dans Les Naufragés du Wager. C’est un magicien du journalisme qui rendrait le compte rendu d’une réunion d’un syndicat de copropriété palpitant. Alors, lorsqu’il a de la matière comme ici, les résultat est à l’avenant. Comme je le disais il n’y a pas que des fait-divers, même s’ils alimentent la plupart des douze articles rassemblés dans ce recueil. D’ailleurs les articles qui m’ont le plus intéressé traitent de sujets scientifiques: la traque des calmars et les problèmes d’ingénieries des égouts de New York. Les thèmes choisis ont toutefois un point commun, ils sont surprenants, hors du commun et donc intéressants. David Grann en parle très bien dans un autre de ses livres, La citée perdue de Z. ...
Cyberpunk
Cet essai est placé sous le signe de la science-fiction. Sa couverture, son titre, ainsi que les références égrenées dès les premières pages – 1984, Neuromancien, Le Meilleur des mondes et bien d’autres – ne laissent place à aucun doute. En le lisant, on pourrait d’ailleurs se demander si Asma Mhalla ne s’est pas muée de politologue en autrice de science-fiction tant ce qu’elle décrit, lorsqu’on prend un peu de recul, paraît vertigineux. Comment aurait-on pu imaginer, il y a à peine une décennie, que la plus grande démocratie du monde puisse en arriver là ? Il est question de purges, d’expulsions musclées, de censure, de menaces, de négation de la science et de la vérité, de tout ce qui a fait l’occident que nous aimons. Son constat rejoint celui formulé par Giuliano da Empoli dans L’Heure des prédateurs, nous sommes entrés dans une nouvelle ère. ...
Le Complexe d’Eden Bellwether
De la pluie, des vestes de Tweed, du sherry, des étudiants fortunés, ça fleure bon le campus novel. Ces étudiants brillants attirés par le surnaturel ou le mystère m’on remémoré une lecture coup de coeur qui remonte à quelques années, Le maître des illusions. Alors un peu de circonspection, ne nous emballons pas, j’avais adoré ce livre qui a fait la réputation de Donna Tartt, mais cette lecture remonte à quelques années – l’engouement de la jeunesse c’est quelque chose. J’ai malheureusement perdu depuis bien longtemps cet enthousiasme naïf et bien failli arrêter la lecture à plusieurs reprises. Si les interminables descriptions font partie du charme, j’ai eu la désagréable impression que le livre aurait pu, sans ce remplissage, largement tenir en 300 pages. La narration est linéaire et les personnages secondaires ne sont pas exploités alors que la relation amoureuse occupe une place démesurée. ...
La Bibliomule de Cordoue
Depuis l’invention de l’écriture, l’obscurantisme quel que soit la forme qu’il prend s’est toujours attaqué à la connaissance, car elle émancipe, et donc aux livres qui en sont le récipient. La bonne nouvelle est qu’ils n’y sont a priori pas parvenus – Trump est en train de faire une nouvelle tentative. Cette histoire, comme beaucoup d’autres donc le plus connu reste certainement le Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, raconte la révolte contre la destruction des livres. ...
Rien de grave
Quatre consonnes et trois voyelles. C’est le prénom de Raphaël. Je le murmure à mon oreille. Et chaque lettre m’émerveille. […] Le Raphaël de la chanson de Carla Bruni est Raphaël Enthoven qui a quitté sa femme, Justine Levy – la fille de Bernard-Henri Lévy –, pour vivre une histoire avec la chanteuse qui était alors en couple avec son père, Jean-Paul Enthoven – ami de longue date de BHL. Je sais, c’est compliqué et on n’est pas loin de la tragédie grecque. Dans ce roman très largement autobiographique seuls les noms semblent avoir été changés, Raphaël est devenu Adrien et Carla, Paula. ...
Écrire Mazan
Élise Costa a suivi le procès de Mazan pour le média en ligne Slate et a publié six long articles qui composent la série Quand vient la nuit. Le livre que vous tenez entre les mains peut être lu de plusieurs manières. Sur la page de droite, vous pourrez vous pencher sur les articles tels que publiés. Sur la page de gauche se trouve mon carnet: des notes brutes, des croquis, des réflexions en cours, des références à tout ce qui m’a nourrie avant, pendant et après le procès. ...
L'heure des prédateurs
Les prédateurs sont les autocrates, les nouveaux populistes et les patrons de la tech – il les appelle aussi les borgiens. Leur heure est arrivée, ils sont en train de mettre leurs mains sur les démocraties libérales qui avaient émergé aux quatre coins du globe. L’heure des prédateurs n’est, au fond, qu’un retour à la normale. L’anomalie ayant plutôt été la courte période pendant laquelle on a pensé pouvoir brider la quête sanglante du pouvoir par un système de règles. ...
Kolkhoze
Marina, étant la plus petite, prenait la place dans le lit des parents. Nathalie et moi tirions nos matelas ou simplement des coussins autour du lit. Notre mère avait donné un nom à ce rituel du dortoir : faire kolkhoze. Nous adorions faire kolkhoze. Ce titre est un bel hommage à la mère qu’a été Hélène Carrère d’Encausse pour ses trois enfants. Une mère aimante, derrière le personnage impressionnant – parfois cassant – de la secrétaire perpétuelle de l’Académie française, première femme à occuper cette prestigieuse fonction. Le mot kolkhoze renvoie aussi, bien sûr, à ses origines géorgiennes, mais surtout russes, et à sa spécialité d’historienne de la Russie. Ce livre dépeint, sans surprise, une femme forte, travailleuse acharnée et infatigable, qui ne s’est relâchée – et encore – qu’à son entrée en soins palliatifs, où elle continuait à recevoir, assise et vêtue d’une robe. ...
Naissance d'un pont
De prime abord, on pourrait croire à un roman technique, dans la veine d’un Aurélien Bellanger, tant le sujet – la construction d’un gigantesque pont1 – semble appeler la froideur documentaire. Mais Maylis de Kerangal choisit une tout autre voie. Si le chantier sert bien de décor, il devient surtout le théâtre d’une aventure humaine foisonnante, où une dizaine de personnages se rencontrent. Le pont, bien sûr, est une métaphore. Il enjambe les obstacles, relie et rassemble – non seulement par sa fonction future, mais déjà dans le geste collectif de sa construction, qui exige la coopération de centaines d’ouvriers venus du monde entier. ...
La ballade de l’impossible
Le titre du roman en anglais reprend le titre d’une chanson des Beatles, Norwegian Wood, l’histoire d’une rencontre entre un homme et une femme qui ne se termine pas très bien. C’est en quelque sorte un livre de jeunesse de l’auteur puisqu’il s’agit de son 5e roman. Ce qui me fait employer le terme roman de jeunesse se rapporte plus au narrateur qu’à l’auteur. Le narrateur est un étudiant. Cette époque est celle des amitiés et des amours passionnels, mais c’est aussi lors de cette période propice à de nombreux bouleversements que de profonds mal-êtres peuvent se révéler. Ce roman correspond à l’idée que je me fais du romantisme japonais qui met en scène autour du narrateur des personnages aussi opposés que le soleil l’est de la lune. ...
La jeune femme et la mer
Catherine Meurisse a écrit, mais surtout dessiné et peint, ce livre lorsqu’elle a séjourné au Japon dans le cadre d’une résidence d’auteur. Je commence par là car c’est ce qui a présidé à l’écriture de ce livre, on sent qu’elle a ramé pour l’écrire, à peu près autant que le peintre en manque d’inspiration qu’elle a choisi comme personnage principal. Tout ceci est donc tiré par les cheveux et pas très intéressant, tout semble forcé et peu inspiré. On se contente donc de profiter des très beaux paysages – qu’elle peint à merveille – et du décalage comique, entre ce raffinement et la façon caricaturale qu’elle a de se représenter. Catherine Meurisse a énormément de talent, mais il lui faut un sujet. ...