J’avais un tel bon souvenir de ce livre, lu il y a un quinzaine d’années, que j’ai décidé de le relire. Ce n’est pas une décision sans conséquence tout d’abord car le livre compte tout de même 850 pages et ensuite car relire – comme revoir – une oeuvre est prendre le risque de gâcher le souvenir enchanté de la première impression – il peut s’évanouir définitivement. Heureusement, j’ai évité cet écueil et cette relecture n’a fait que conforter ma première impression. Je trouve même qu’il s’agit très certainement de l’un des livres d’Haruki Murakami les plus aboutis – si ce n’est peut-être plus abouti, je n’ai pas encore tout lu, mais presque. Il contient l’essence de son oeuvre. J’ai même été surpris de constater qu’il a beaucoup de points communs avec son dernier livre, Le meurtre du commandeur: le puits / le sous-terrain, le passage entre les réalités, la présence de la guerre sino-japonaise, la disparition d’une soeur.

Il n’en partage pas les défauts car l’intérêt du livre est sans cesse relancé par une progression constante et un suspens bien entretenu. L’insertion d’un fil historique traitant de la guerre en Mandchourie est particulièrement pertinent car il contribue à donner de l’ampleur à l’histoire et à l’ancrer dans la réalité. Murakami maîtrise à la perfection son numéro de funambule en se déplaçant avec grâce et sobriété – et surtout sans tomber – sur le fil ténu qui relie la réalité, son quotidien et ses évènements, au fantastique.

Une fois seul, je m’adossai au pilier, et regardai d’un oeil vague le jardin et la lune. Pendant un long moment, je pus respirer à plein poumons le parfum de réalisme laissé derrière lui par mon oncle. Et je me sentis soulagé, comme cela ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps. Mais, au bout de quelques heures, cet air se raréfia, et l’environnement se couvrit d’un voile de tristesse. Finalement, je me retrouvais dans ce monde, tandis que mon oncle était dans l’autre.

Allez, je vais le dire, je pense qu’il s’agit de mon livre préféré de Murakami.


Murakami, Haruki. Chroniques de l’oiseau à ressort. Traduit par Corinne Atlan et Karine Chesneau, 1018, 2014.