Je mets le nez dans une trilogie qui est considérée comme une oeuvre majeure d’un grand auteur de la BD, Enki Bilal. Ces images de la fille aux cheveux bleus et de dieux égyptiens ne m’étaient pas inconnues. Je les avais souvent croisées sur des affiches – j’en ai même revu une récemment sur une vielle photo sur laquelle je figurais –, sur les couvertures des différentes éditions à la bibliothèque ou dans les librairies. Mais à chaque fois je détournais le regard, je n’avais pas envie de me plonger dans cette histoire. Tout ceci ne m’attirait pas vraiment. Je trouvais le style un peu trop “Humanoïdes Associés” et je ne goûte pas trop cet univers SF particulier des ouvrages de la maison au style réaliste souvent gore – que les puristes me pardonnent, je ne sais pas l’exprimer autrement, punk peut-être et tout ceci n’est pas très objectif, mais c’est mon ressenti. Tout ça pour dire que lorsque j’ai emprunté cette intégrale à la bibliothèque je n’étais pas très enthousiaste.

La lecture du premier tome fut une bonne surprise malgré le style que je n’apprécie pas trop. L’histoire est très originale, mais bien ficelée et par conséquent assez prenante. La présence des dieux égyptiens aux énormes pouvoirs évocateurs n’y est certainement pas étrangère. Leur design est très réussi et j’ai passé de longs moments à les regarder et à mémoriser leur nom dont je ne me souvenais pas.

Les trois tomes n’ont pas été écrits à la suite, leur parution s’est étalée sur 13 ans de 1980 à 1993 et le deuxième tome, La femme piège est sorti 6 ans après le premier, La foire aux immortels. Ça se voit, le dessin n’est plus le même. Il est plus travaillé et prend ses distances au niveau de la mise en page avec la bande dessinée classique en multipliant les innovations. Rien à dire de ce côté là, le graphisme est irréprochable. Il en va de même pour l’histoire qui devient moins conventionnelle et je dois avouer que j’ai eu de la peine à suivre celle racontée dans le troisième tome, Froid équateur. C’est pourtant celui qui a été le plus plébiscité et il est vrai qu’il est remarquable sur le plan graphique. Je n’ai tout simplement pas accroché ou n’ai pas été à la hauteur du talent, de la vision d’Enki Bilal. Je suis tout de même ravi d’avoir fait cette découverte et partant – sans grand enthousiasme toutefois – pour tenter à nouveau l’aventure avec un autre Bilal.


Bilal, Enki. La Trilogie Nikopol. Casterman, 2005.