En finir avec Eddy Bellegueule

Roman


Ce livre a été un pavé dans la mare lors de sa sortie en 2014. Le premier roman d’un jeune homme, qui n’avait que 21 ans à l’époque, a divisé la critique et fait couler beaucoup d’encre. Le livre a marqué par son intransigeance et son réalisme cru – très cru – vis à vis de la réalité. On a même reproché à celui qui se nomme désormais Edouard Louis d’avoir exagéré, caricaturé ou travesti la réalité en employant les mots, la langue, des personnes de son entourage – à commencer par sa famille – qu’il met en exergue en utilisant une typographie spécifique (les passages correspondant sont en italique). En racontant de façon aussi cru la vie des gens qui les entourent les auteurs se font rarement des amis, Philip Roth en a fait les frais, mais aussi lancé grâce à ce premier acte de transgression l’une des plus belles carrières de la littérature. L’écriture et la littérature sont à ce prix, il faut écrire sur ce que l’on connaît, le fameux « write what you know » et le jeune auteur l’a bien compris puisque depuis ce premier roman il continue d’exploiter cette veine autobiographique comme une catharsis.

Le livre a aussi été remarqué pour non pas le, mais les sujets qu’il aborde que sont l’homosexualité et la différences entre les classes sociales, les deux s’unissant pour souligner la difficulté accrue d’assumer une sexualité différente au sein d’un milieu où elle n’est pas comprise. C’est ce milieu qu’il a tenté de fuir dès qu’il a pris conscience de sa différence – sur les deux registres – et de l’impasse dans laquelle il se trouvait – et il a eu raison, fuir est parfois la seule option.

Mais d’abord, on ne pense pas spontanément à la fuite parce qu’on ignore qu’il existe un ailleurs. On ne sait pas que la fuite est une possibilité. On essaye dans un premier temps d’être comme les autres, et j’ai essayé d’être comme tout le monde.

[…] mais au contraire comment la fuite a été la dernière solution envisageable après une série de défaites sur moi-même. Comment la fuite a d’abord été vécue comme un échec, une résignation. À cet âge, réussir aurait voulu dire être comme les autres. J’avais tout essayé.

Edouard Louis est l’exemple archétypal du transclasse dont il est beaucoup question aujourd’hui. Le contraste entre Eddy et Edouard est ahurissant, c’est un gouffre, une abysse qui sépare le monde auquel ils appartiennent alors qu’ils s’agit de la même personne.


Louis, Edouard. En finir avec Eddy Bellegueule. Seuil, 2014.